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22 octobre 2008 3 22 /10 /octobre /2008 14:05

L'immeuble Yacoubian / Alaa El Aswany. Traduit de l'arabe (Egypte) par Gilles Gauthier. Actes Sud, 2006. 327 pages.
L'auteur, Alaa El Aswany, est un vrai Egyptien, enraciné dans la terre noire du Nil, de la même veine que Naguib Mahfouz. Il pose un regard tendre, affectueux, plein de pitié et de compréhension sur ses personnages qui se débattent tous, riches et pauvres, bons et méchants, dans le même piège. Il ne juge pas, mais préfère nous montrer les espoirs puis la révolte de Taha, le jeune islamiste qui rêvait de devenir policier ; l'amertume et le mal de vivre de Hatem, homosexuel dans une société qui lui permet de jouir mais lui interdit le respect de l'amour ; il nous fait partager la nostalgie d'un passé révolu du vieil aristocrate Zaki ; l'affairisme louche mêlé de bigoterie et de lubricité d'Azzam ; la dérive de la belle et pauvre Boussaïna, tout cela à l'ombre inquiétante du Grand Homme, de ses polices et de ses sbires de haut vol comme l'apparatchik El-Fawli, et à celle non moins inquiétante d'un islam de combat, qui semble être la seule issue pour une jeunesse à qui l'on n'a laissé aucun autre espoir. Alaa El Aswany ne cherche pas le scandale. Il nous dit simplement que le roi est nu. Il nous montre ce que chacun peut voir autour de lui mais que seule la littérature rend vraiment visible. Nous comprenons un peu mieux comment va l'Egypte, certes, mais aussi comment va le monde et - peut-être également - pourquoi explosent les bombes...

L'an dernier ce roman était partout : sur les blogs, dans les librairies et les DVDthèques, film relancé par le bouche à oreilles... aussi je l'avais noté dans un coin afin de l'acquérir. Profitant d'une petite visite chez Tamara qui l'avait lu et aimé, j'en ai profité pour lui emprunter.
Je ne me souvenais plus vraiment de ce que les lecteurs en avaient dit, mais je savais qu'ils avaient aimé :), c'est donc sereinement que j'ai pris ce livre. Et,... je n'ai pas été déçue. Comme
Sophie le soulignait, on peut craindre de se perdre au milieu des personnages, mais en fait vous assimilez très rapidement qui est qui tant les personnages sont différents. Contrairement à d'autres romans lus, je ne peux dire qu'ils sont attachants, mais ils sont le reflet de la société égyptienne au moment de l'écriture du roman. L'immeuble Yacoubian représente une sorte de microcosme à partir duquel vous allez découvrir la société, la vie d'anciens membres de la classe dominante déchue, un fils méritant mais qui se trouve desservi par le métier "indigne" de son père, et évoluera vers un islam intégriste, la place des homosexuels, les conditions des femmes pauvres, riches, leur place en général, bonne dernière dans cette société.
Tout est montré, sans faux-semblant, sans pudibonderie : corruption, compromission, brutalités policières, pouvoir de l'argent, harcèlement sexuel, islamisme, événements politiques passés et présents avec les effets négatifs qu'ils entraînent.. Non Alaa el Aswany n'est pas tendre avec l'Egypte, mais sait rendre vivant tous les aspects négatifs et positifs de cette société.
Vous ne quitterez pas ce livre démoralisé ou choqué, mais avec cette vision réaliste et avec néanmoins une note d'espoir pour 2 personnages. La vie de tous les jours, peuplé de contraste.

Les avis de Papillon, La boîte à lectures !, Bernard,

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