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28 août 2010 6 28 /08 /août /2010 07:30

http://www.decitre.fr/gi/52/9782742789252FS.gifLe Silence des esprits / Wilfried N'Sondé. Actes Sud, 2010 (Lettres africaines). 171 pages. 2,5*

Terrorisé par un contrôle de police sur les quais de la gare de Lyon, Clovis Nzila vient de sauter dans un train de banlieue.
Sans-papiers, clandestin, il s'assied au hasard d'un wagon surchauffé et tente de maîtriser sa peur. Face à lui, une femme l'observe, accepte en retour ses regards indiscrets, ne semble pas effrayée par sa triste apparence. Attentive, elle engage la conversation, perçoit le désespoir de ce jeune Africain... Ensemble, ils vont plonger sans retenue dans un mirage, convaincus de renaître des cendres du passé.
Après Le Coeur des enfants léopards, un premier roman très remarqué (prix Senghor de la création littéraire ; prix des Cinq Continents de la francophonie), Wilfridl N'Sondé nous livre ici le récit d'une rencontre sur le mode d'une ballade sombre et lumineuse.

 

Encore une fois, la loi des séries est passée par là, car je n'ai pas plus accroché à ce roman qu'au précédent. Il me fut trop difficile d'appréhender le sujet, je le crains. Pourtant le synopsis me disait énormément et je n'attendais rien de bien spécifique. L'écriture est belle en dépit des horreurs décrites et de la misère ainsi que des souffrances humaines, qu'elles se déroulent en France, où des réfugiés politiques doivent faire le récit de ce qu'ils ont vu et enduré, où en Afrique lorsque Clovis nous raconte son existence et sa situation très particulière.

Cet ouvrage a le mérite de rappeler comment naissent les enfants soldats, en partie d'où vient leur violence et leur barbarisme ; mais la misère, les coups, la violence qu'on leur inflige ne peut excuser les viols et les actes inhumains dont ils se rendent coupables. Et cette histoire d'amour sur fonds de guerre civile africaine n'est pas parvenue à me permettre d'accorder le pardon. Des invraisemblances, mais surtout une chute évidente selon moi qui donne l'occasion à l'auteur de rappeler les violences urbaines perpétrés en France par les forces de l'ordre ; une certaine forme de peur émane de ces dernières pages et elles ne sont pas seulement le fait de Clovis Nzila. Violence, peur, abus de pouvoir dominent cette histoire d'amour et ce roman dans lequel je ne suis jamais parvenue à entrer. 

 

D'autre avis : Chez Gangoueux,

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30 juillet 2010 5 30 /07 /juillet /2010 21:20

http://www.decitre.fr/gi/81/9782844205681FS.gifTout doit disparaître / Mikaël Olivier. Editions Thierry Magnier, 2007. 155 pages. 4,5*

Hugo a suivi ses parents en poste pour quatre ans à Mayotte, petit bout de France perdu au cœur de l'océan Indien. Seul élève blanc de sa classe, il a du mal à s'adapter : les bidonvilles, la chaleur, la façon d'appréhender le monde, les relations amoureuses. Pourtant c'est au retour en métropole que le choc est le plus brutal. Frénésie des soldes, invasion des marques, publicités tapageuses et surconsommation... Au regard de ce qu'il a vécu sous les tropiques tout révolte Hugo et le dégoûte. Il entre en résistance.

 

Je suis tombée sous le charme de l'écriture de Mikaël Olivier dès les premières pages de ce livre, alors que je n'attendais rien de particulier de cet ouvrage.

Mais au travers d'Hugo, il sait nous transmet une vision extraordinaire de Mayotte et de ses habitants, de ses rencontres, sensations d'expatriées. En quelques pages l'auteur nous donne couleurs, images et vie de cette île tout en sachant rester à sa place. Il avoue par le biais de son personnage qu'il n'appartient pas à cette société, qu'il reste un passant, un m'zoungou, qui prend mais rentrera ensuite chez lui. 

Il est intéressant de noter l'évolution des sentiments éprouvés par Hugo. Sans doute ce personnage, sans la présence indispensable de Françoise, la documentaliste de son collège, ne serait pas parvenu à éprouver ces sentiments contrastés envers ces îles et ses habitants. Qui nous dit, qu'à l'image de sa mère, il ne les aurait pas prises en grippe, voire en horreur ainsi qu'il décrit fort bien ses premières heures à Mayotte, de nuit comme de jour.

C'est réellement un roman d'initiation mais également un fort beau portait de Mayotte auquel semble s'être prêté Mikaël Olivier. Roman d'initiation sous bien des aspects : déracinement, confrontation à un monde différent et pourtant faisant partie de la France (DOM), une culture et un peuple mais également son lot d'immigrés, et pour les îliens comme pour les voisins attirés par ce département, une pauvreté méconnue pour notre jeune Hugo, ainsi qu'un climat aux antipodes de celui auquel il est habitué. Le choc est rude. Le Noël intermédiaire en France renforce à tous les niveaux cette opposition.

Néanmoins Hugo s'intègre plus ou moins à Mayotte et y découvre l'amour, ce qui le contraindra à rentrer de manière anticiper en France.

Mais cette expérience, ses échanges avec Françoise, leurs regards croisés sur les expatriés, leur place etc., , l'adolescence et son retour en France face à une société de consommation exacerbée le bouleverse et le pousse à réagir. Mais comment ?

Contraste saisissant entre la France et ses consommateurs, la folie des soldes, le besoin irrémédiable du dernier modèle de portable..., et Mayotte et ses habitants, consommateurs également mais pas encore à la manière effrénée des continentaux dont ils ne possèdent pas le pouvoir d'achat.

Hugo cherche à s'affranchir de tout cela, de sa famille également, mais trouver sa place lui semble tout aussi difficile qu'à son arrivée sur l'île. Une nouvelle fois, l'amour lui ouvre les yeux et lui permet de "trouver sa voie". Un nouvel interlocuteur prend place, de manière brève mais grâce à lui il poursuit sa quête identitaire et sa compréhension, à son niveau, du monde qyu l'entoure, des sentiments qu'il ressent.

L'ensemble est superbe mais je fus beaucoup plus sensible au rendu au charme de l'écriture de Mikaël Olivier dans la description de l'île, à toute  la partie se déroulant à Mayotte.


 

Photos de Mayotte sur le site du Routard qui vous permetront de mettre en images les propos de l'auteur.! Photos personnelles des auteurs, non libres de droit. !


Comme je ne suis pas douée pour localiser les territoires  & département d'Outre Mer, j'imagine que c'est le cas pour beaucoup d'entre nous :

http://fronac.unblog.fr/files/2009/03/mayotte01.jpg

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27 juillet 2010 2 27 /07 /juillet /2010 22:22

http://www.livredepoche.com/photos-couvertures/LGFLIVREDEPOCHE/2010/9782253129462-G.jpgL'origine de la violence / Fabrice Humbert. Livre de Poche, 2010. 341 pages.

Lors d'un voyage scolaire en Allemagne, un jeune professeur découvre au camp de concentration de Buchenwald la photographie d'un détenu dont la ressemblance avec son propre père le stupéfie et ne cesse de l'obséder. Ce prisonnier, David Wagner, est en fait son véritable grand-père. Peu à peu se met en place l'autre famille, la branche cachée, celle dont personne chez les Fabre n'évoque l'existence... Au cours de sa quête, le jeune homme comprend qu'en remontant à l'origine de la violence, c'est sa propre violence qu'on finit par rencontrer..

 

  Fils croisés entre présent et passé, le personnage principal voit sa vie bousculée par une photo à partir de laquelle débute son enquête. Tout comme son père, mais certainement de manière moins instinctive, ce professeur a toujours vu une différence entre Adrien, son père, lui-même et le reste de sa famille : les Fabres, et plus particulièrement son grand-père dont la physionomie est aux antipodes de celle de son fils. Néanmoins, il a toujours joué le jeu et poursuit ses relations avec son père d'un côté, et son grand-père de l'autre. Reste sa violence qu'il évoque en filigrane, après l'avoir présentée de manière claire et distincte dès les premières pages ; une violence présente depuis son enfance qui n'avoue néanmoins pas sa source, mais dont l'auteur cherche à comprendre la source et qu'il va nous faire partager. 

C'est un pan de l'histoire qui se dévoile sous nos yeux et qui permet à Fabrice Humbert de s'interroger sur la place du mal, sur les réactions intrensèques de tout un chacun devant les bouleversements politiques, face à l'horreur et à la monstruosité de personnes quelconques,  que le pouvoir et la soif de domination peut rendre "fou" et conduire aux actes les plus barbares.

La quête de son grand-père, David Wagner, comme il va très rapidement le découvrir, est l'occasion de s'interroger sur la filiation, de nous faire suivre en pointillé la construction d'une famille d'émigrés polonaise qui souhaite poursuivre son ascension sociale, une histoire individuelle bientôt bouleversée et confrontée à l'histoire collective. Les passages relatant le camp de Buchenwald nous font basculer dans la cruauté. Ils ne sont en rien anecdotiques, mais confortent la théorie de l'auteur sur la violence, et permettent à l'auteur de remonter l'histoire. 

Une violence que l'on retrouve dans le quotidien du personnage principal, dans ses classes - à mon avis des moments qui parleront à tous les professeurs de collège et de lycée envoyés dans les zones sensibles ; qui montrent en quoi le respect et l'explosion d'une classe comme d'un groupe tiennent à bien peu de chose -.

Bouleversant, parfois dérangeant lorsque les camps sont abordés par exemple, ou tout comme la dénonciation de son voisin par simple courrier, l'ouvrage n'en reste pas moins l'évocation de très belles histoires d'amour : de couple comme dans les liens familiaux qu'il s'agisse de liens de sang ou pas. Le pardon et, avant tout, la compréhension semblent être les éléments fondamentaux pour briser la loi du silence tout comme la violence qui sommeille parfois au plus profond de chacun d'entre nous.  

 

Ouvrage lu en partenariat avec le Livre de Poche

L'avis de Fashion. Mais bien d'autres sont disponibles sur la toile.

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18 juillet 2010 7 18 /07 /juillet /2010 07:39

http://www.decitre.fr/gi/40/9782842631840FS.gifL'échappée belle / Anna Gavalda. Le Dilettante, 2009.166 pages (si, si 166 - jetez un coup d'oeil sur la dernière page avec un peu plus d'attention si ce n'est pas encore fait :-D). 4*

Simon, Garance et Lola, trois frères et soeurs devenus grands (vieux ?), s'enfuient d'un mariage de famille qui s'annonce particulièrement éprouvant pour aller rejoindre Vincent, le petit dernier, devenu guide saisonnier d'un château perdu au fin fond de la campagne tourangelle.
Oubliant pour quelques heures marmaille, conjoint, divorce, soucis et mondanités, ils vont s'offrir une dernière vraie belle journée d'enfance volée à leur vie d'adultes. Légère, tendre, drôle, L'Echappée belle, cinquième livre d'Anna Gavalda aux éditions Le Dilettante, est un hommage aux fratries heureuses, aux belles-soeurs pénibles, à Dario Moreno, aux petits vins de Loire et à la boulangerie Pidoune.

 

J'aime Anna Gavalda. Enfin il semblerait que j'apprécie un ouvrage sur deux de cet auteur. Néanmoins, je garde un souvenir ému de mon premier contact avec sa maison d'édition en  1999 (?) lors du Salon du Livre où était proposé à la vente, "Je voudrais que quelqu'un m'attende quelque part". J'avais reçu un accueil merveilleux et leurs conseils et gentillesse n'avaient été que les prémices à une lecture enchantée et enchanteresse.

Avec Je l'aimais, déception, mais Ensemble c'est tout m'avait réconcilé avec mon auteur contemporaine fétiche. Un bon gros pavé enchanteur que j'ai relu plusieurs fois avec plaisir. Puis il m'a semblé lire un autre de ces romans mais pfft aucun souvenir... si ce n'est à la sortie de La Consolante, l'idée que ce roman devait être le fameux 1 sur 2, mais hésitation .... et je ne l'ai pas lu, ne parvenant pas à me souvenir si vraiment j'avais lu un écrit d'Anna Gavalda  depuis Ensemble... Tergiversation avec des échos mitigés.

Voici quelques semaines une collègue ; elle lit du Gavalda, L'échappée belle : une conversation commence, mais mon cerveau fait toujours des bulles, toujours ignorant si cette lecture a eu lieu ou non (il me semble finalement que oui, mais que je l'ai rangé dans le même registre que Je l'aimais). Bref la jeune femme est déçue de sa lecture. Rebelote, avant hier une autre collègue me demande ce que je pense de l'auteur car elle reste sur sa faim avec le même ouvrage. J'accepte son prêt (souriez, car il se cache peut être dans mes étagères, je n'ai toujours pas vérifié).

Verdict.

Oui j'avais lu ce livre et, effectivement, ma première lecture ne m'avait pas enchanté, car je n'y retrouvais pas le charme de mes livres doudou, mais cette relecture fut très positive. Est-ce parce que j'avais un a priori négatif, des avis mitigés qui entachaient cette nouvelle ? Je ne sais, mais j'ai néanmoins pris du plaisir à cette lecture.

Il est facile pour des trentenaires de se retrouver dans cette histoire de fratrie qui, pris par le cours de la vie, s'échappe, vole quelques heures à leur quotidien, histoire de retrouver leur enfance, la joie, l'absence des soucis liés aux problèmes matériels ou sentimentaux.

Alors bien entendu, cela peut sembler absurbe, facile de s'évader ainsi et, certains se demanderont à quoi leur a servi ces 24 heures de fuite ? A faire le plein de vie, à se retrouver entre eux, à vivre et à parler en toute quiétude, sans tabou. A retrouver une part d'enfance qu'ils savent enfuie depuis longtemps, notamment pour les aînés qui ont vécu le divorce des parents. Le simple plaisir d'être ensemble, d'adopter une attitude parfois enfantine, de se remémorer des instants fugaces de plaisir et de complicité que l'on a entre frères et soeurs ou entre cousins. Profiter de ces moments uniques, revoir des instantanés du passé qui font du bien au coeur, avant de reprendre son bâton de pélerin, ou plus simplement le chemin du quotidien avec ses tracas petits ou grands.


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6 juillet 2010 2 06 /07 /juillet /2010 21:53

http://www.decitre.fr/gi/75/9782070359875FS.gifLes jardins publics / Gilles Leroy. Folio, 2009. 309 pages. 4*

C'est l'histoire d'une couturière qui aimait trop la photographie et c'est l'histoire de ses photographies.
C'est l'histoire d'un jardinier qui aimait trop les femmes et c'est l'histoire de son jardin. C'est l'histoire du zouave qui chantait et celle de Sarah qui abandonne son tambourin. C'est l'histoire du prêtre défroqué, amoureux de Sarah. C'est l'histoire de Muriel, l'enfant inachevée. Il y a aussi deux miliciens interlopes, une contrebandière scandaleuse et son mari boucher. Il y a aussi un lieutenant allemand, des aviateurs dans les déserts, des architectes dans les jardins.
Et il y a Lou. Lou au centre du monde et qui réunifie le monde. Enfin, il y a cet homme qui se souvient sans avoir rien connu, qui les interroge tous et cherche une réponse. Dans Les jardins publics, l'univers de Gille Leroy atteint l'ampleur d'une fresque contemporaine.

 

Mélangeant passé et présent, Gilles Leroy nous entraîne dans l'Histoire qui enlace étroitement la vie de Lou, personnage au centre de ce roman. Elle n'est pourtant pas seule car, par le biais de ces allées-retours, le lecteur découvre la vie de "la voleuse", sa mère : voleuse d'images, de vie, de bonheur perdu, souvent triste sombre et folle penseront certains. Mais tous ces personnages n'ont-ils pas une part de folie ? Ce père, jardinier que l'on découvre épris de son idéal jardin bleu ? Qui, au coeur de la guerre, poursuit inlassablement sa construction et son entretien. Sarah, la grand-mère dont l'histoire se rattache à un prêtre défroqué lui-même interné à maintes reprises. Mais là ne réside pas le seul lien entre tous les intervenants. Leurs liens familiaux restent des arrangements avant tout, qui font que les questions demeurent dans leur esprit sur leur légitime parenté, et le cercle semble quasi inépuisable lorsque l'on parvient à "cet homme qui se souvient, sans avoir rien connu", lui qui a décidé d'être le dernier de sa famille.

A ces liens parentaux se mêlent la guerre, la première qui fait de Sarah une veuve et la seconde qui abandonne la couturière à ce même sort. Mais c'est également une vision de cette période avec la peur que la croix accrochée au cou et le baptème ne suffisent pas à empêcher la déportation. Ces maisons qui se vident, ses pancartes de haîne qui s'affichent.

Une vie, des vies qui tiennent sur des photographies, qui racontent ces vies à ce dernier maillon qui sans avoir rien connu, nous plonge dans la vie de Lou : enfant heureuse et surtout malheureuse, dans un monde d'adulte qui se débat tout comme elle.

On retrouve des thèmes déjà évoqués dans les romans de Gilles Leroy, mais avec une plume néanmoins différente.

La partie "Univers littéraire" de l'encyclopédie en ligne vous en dira davantage.

A la fois triste, cruel, le destin de Lou n'en reste pas moins une évocation du quotidien de la seconde guerre mondiale et avant tout des liens familiaux et des souffrances personnelles qu'ils entraînent parfois.

 

Merci Stéphanie :)


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22 juin 2010 2 22 /06 /juin /2010 22:30

http://www.decitre.fr/gi/19/9782070342419FS.gifLa ligne de sang / DOA. Folio Policier, 2010. 644 pages. 4 *

Cela n'aurait pu être qu'un banal accident de moto sur les hauteurs de la Croix-Rousse.
Un homme dans le coma victime d'un accrochage... C'est le début d'une enquête des plus troubles menée à l'instinct par les officiers de police Marc Launay et Priscille Mer. La victime, entourée de mystères, est bien trop inquiétante. Tout sue l'angoisse et la peur dans sa grande maison vide. Trop de portes fermées, de questions, de silences oppressants. Sa compagne même a disparu, comme volatilisée, et personne ne sait rien.
Jamais cette dernière ne mentionnait son nom. Jamais elle ne parlait de lui. À sa demande. Comme s'il avait voulu ne jamais exister. Comme s'il avait souhaité que personne ne puisse un jour savoir ce qu'il était vraiment...

 

Lorsque superstition, sorcellerie et polar (je généralise) se rencontrent voilà le roman auquel on peut aboutir. Je vois des sourcils sceptiques se soulever. Vous avez tort !

Comme je l'ai lu chez d'autres, les premières pages ne me semblaient pas impérissables. Oui bah voilà un p'tit polar, me suis-je dit. Puis, c'est quoi ce bordel lorsque des images d'enfance ont commencé à surgir ? S'agit-il de Paul ou de Marc enfant ? Les passages durs, cradingues, tirés par les cheveux  (à mon sens) ne m'ont pas arrêté. Oui j'étais prise dans le style de l'auteur même si tout ne me convenait pas, la lecture me semblait facile en dépit des horreurs décrites d'un chapitre à l'autre, parfois juste sous entendues mais déjà trop présentes et qui vont aller crescendo vers la fin de l'ouvrage.

La force de ce roman réside très certainement dans le suivi, en parallèle des deux officiers de police que l'on ne quitte pas du début jusqu'à la fin du roman : Marc Launay et Priscille Mer. A travers eux, c'est tout un corps de métier que l'on suit, et les difficultés de la vie quotidienne. Confrontés à l'horreur, aux souffrances, ils doivent "oublier" tout cela lorsqu'ils rentrent chez eux. Mais si les échanges avec un conjoint restent tabou (confidentialité, trop d'horreurs), lorsque vous rentrez chez vous et que vous n'êtes que face à vous-mêmes, le boulot prend rapidement le dessus et commence à vous pourrir la vie. C'est donc également d'êtres humains dont il est question dans ce roman. De la peur de chacun face à la solitude, de communication et à l'extrême de l'aspiration de quelques uns à la vie éternelle grâce à des actes de folie et de cruauté inimaginables.

En dépit de descriptions qui peuvent amener le dégoût, de scènes où quasi rien n'est épargné au lecteur (viol, torture, pédophilie, zoophilie, ...) on suit tous les protagonistes sans parvenir à lâcher l'ouvrage. Là réside sans doute le tour de force de l'auteur.

 

L'avis de Xiane à qui je dois le prêt de cet ouvrage. Ceux de Papillon, Stephie,

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13 juin 2010 7 13 /06 /juin /2010 15:17

http://www.decitre.fr/gi/77/9782754017077FS.gifJéricho / Josef Ladik. First, 2010 (Thriller). 409 pages

Eté 1816. La frégate la Méduse s'échoue au large des côtes africaines. Sur les cent quarante-sept passagers qui vont alors dériver sur un radeau de fortune, seuls quinze survivront à ce véritable enfer. L'un deux est recueilli par une tribu, et fait une découverte qui pourrait bouleverser l'ordre du monde si elle venait à tomber entre deux mauvaises mains. Une découverte qui ramène aux sources du monothéisme et du langage. De retour en France, devenu éditeur au Palais Royal, il couche son secret sur un manuscrit qu'il fait disparaître, puis publie le récit du naufrage.

Aujourd'hui. Le Terrible, un sous-marin nucléaire, disparaît au Moyen-Orient. Le groupe terroriste "Jéricho" revendique le détournement et menace l'Etat français. Alors que l'ultimatum approche, des agents secrets sont lâchés dans Paris et un tueur psychopathe rôde alentour. Au Louvre, non loin du Radeau de la Méduse, la célèbre toile de Théodore Géricault, un guide est retrouvé décapité. Le lieutenant Lazare, amateur d'art fraîchement promu à la Brigade criminelle, tient là de quoi faire ses preuves. Comme le lui disait son père, "Lazare, dans la vie, il n'y a pas de hasard".

 

Des idées, Josef Ladik ne semble pas en manquer, mais à force de vouloir les juxtaposer, il a pour moi dépassé un quota - déjà limité à 400 pages - à ce que mon entendement pouvait supporter. Qu'il joue avec l'histoire initialement me fascinait. Là où ma compréhension est restée sur le bas côté est de vouloir associer à tout cela : un tueur pscychopate, des histoires de cul, les affres politiques, un sous-marin nucélaure, des enquêtes criminelles et des James Bond au berceau.

Entre les descriptions façons thriller écoeurantes et parfois inutiles de son tueur fou et ses critiques pseudo déguisées de la politique actuelle : ministère de l'immigration, pour ou contre le voile islamiste, arcanes du pouvoir, allusions à l'affaire Clearstream, presse à sensation parlant d'une aventure entre la femme du président et disc-jockey multimillionaire, j'ai eu l'impression que l'auteur remplissait parfois des pages avec force détails inutiles. Son histoire, il la voulait complexe, propre à entraîner le lecteur dans des méandres sans fin entre passé, présent, enquête policière et psychopate donc nul besoin d'ajouter ces détours à la presse qui datent fortement son roman (mais peut être est-ce volontaire, alors je n'aurais rien compris, mais mon incompréhension ne s'est pas arrêtée là).

Vous me direz qu'il a voulu montrer que hasard et coïncidences sont les maîtres mots de l'histoire et que le hasard n'est jamais très loin, mais là encore, je ne venais pas pour cela, mais pour un thriller, une enquête. De la même manière ses traits humoristiques sur les noms des personnages par exemple ne m'ont pas arraché un sourire.

Bon à force de propos négatifs, vous vous demandez bien pourquoi je suis allée au bout, n'est ce pas ?

Tout d'abord je suis curieuse, et ai toujours du mal à abandonner un roman sans lui donner sa chance jusqu'au bout. En lisant le tout, cela me permet de mieux comprendre les avis que je vais indéniablement croisés au cours de mes promenades sur le net ou dans les échanges que j'entends/lis via les média ou  mon entourage plus ou moins direct. Je me demandais bien comment Josef Ladik allait pouvoir nous démêler tous les fils qu'il avait croisé ; son numéro d'équilibriste me fascinait et m'agaçait tour à tour. Certains apartés m'ont réellement semblé lourds et malvenus. Une impression d'un style un peu pesant, des clichés parfois qui plombent le roman*.

Dommage !

 

Livre lu en partenariat avec ChezlesFilles et les Editions First.

 

* Oups !

"Ils savaient encore que l'anxiété était un fluide qui se transmettait plus vite que la grippe et qu'on s'en détachait moins facilement qu'un chewing-gum dans les cheveux". p. 317

"Elle était un peu l'incarnation du fantasme de l'hôtesse de l'air, typée nord-africaine, très souriante et sans pitié avec les passagers trop prévenants. Grands yeux clairs maquillés, lèvres soulignées d'un trait plus sombre, limite vulgaire. C'était peut-être ça qui les excitait. Une tueuse sans son voile, au visage d'ange et aux joues rosées". p. 278

"La voiture de service payé par le contribuable, longue berline noire panthère à l'intérieur cuir vachette cousu à la main, déposa le magistrat à moins de 5 kilomètres de distance, grâce à un inutile moteur V6 à injection. L'automobile, de marque française mais fabriquée dans un pays de l'Est à faible coût de main-d'oeuvre, à la grande satisfaction des actionnaires non imposables pour la plupart, grâce à d'astucieux mécanismes d'optimisation fiscale, flattait l'ego du chef de cour, (...)". p. 352


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7 juin 2010 1 07 /06 /juin /2010 20:59

http://www.decitre.fr/gi/39/9782842194239FS.gifMickey Monster / Bretin & Bonzon. La Baleine, 2007. 184 pages. 2 *

 C'est en chassant le monstre qu'on devient monstrueux.
L'adage est nouveau pour le Club Van Helsing, dérangé par l'intrusion de l'étrange Roger McOrman. Qu'a-t-il fait de ses yeux et comment diable un VRP du Wisconsin, poussé à la retraite par une aventure sanglante, peut-il prétendre rejoindre le club ultra select des chasseurs de monstres ? C'est que l'homme pratiquait un commerce peu ordinaire, même aux Etats-Unis : la machine à Mickey. Entre elle et la créature répugnante que McOrman a malencontreusement croisée un soir d'égarement, sorte de blob perdu au milieu d'une forêt obscure, laquelle est la bête ? Impossible de trancher.
Sinon dans le vif. Et là, évidemment, ça fait très mal.

 

Cet ouvrage appartient à la Collection Van Helsing - j'en vois qui me font des clins d'oeil, ayant parfaitement compris la causalité de cet achat, et ils n'ont pas tort, loin de là . Bon par contre lorsque j'ai demandé à des connaisseurs de SF ce qu'elles en pensaient les avis étaient partagés : du très bon et du moyen.

Et là, bof, bof, je ne me suis guère régalée alors que j'ai eu l'occasion (depuis 3 semaines, au bas mot, que j'ai fini ce bouquin) de jeter un coup d'oeil afin de savoir si vraiment je n'avais rien compris, si c'était génial ou vraiment bof !

Il semble que mon avis ne soit pas celui de la majorité, mais assumons, assumons. J'aime la SF même si je suis loin d'être une spécialiste et ne lis pas que cela, mais là, non je n'ai pas trouvé mon bonheur de lectrice alors qu'en entendant un des auteur en parler j'étais déjà conquise.

Ne me reste plus qu'à essayer de vous transcrire mes sensations

Ennuyeux tel est le premier adjectif qui me vient à l'esprit.

Bah oui, une fois que vous avez compris que la "chose" (j'évite quand même de spoiler au cas où), le blob est visqueux, gluant, puant et qu'il se nourrit de tous les êtres vivants, la multiplication des descriptions à but drôles (ironiques ?) n'ont pas obtenu l'effet escompté à mes yeux. L'idée première de fabricant de Mickeys : une image de monstre moderne qui berce nos bambins avec sa touche sympathique, confronté au monstre venu de l'au-delà,  m'avait semblé originale mais, là encore, chez moi cela a fait l'effet d'un pétard mouillé tant son constructeur-créateur m'indiffère par sa bêtise. Lui-même semble être la parfaite caricature du self made man (enfin jusqu'à un certain point) américain.

On s'attache parfois à un personnage, on le déteste, le haït, mais là ce fut juste de l'indifférence par rapport à Roger McOrman qui débarque dans le Club Van Helsing. Que cherche t-il au juste ? Contrairement à ce que dit la 4ème de couverture, je n'ai pas eu la sensation qu'il souhaitait intégrer ce Club, mais plus montrer sa non culpabilité, expier sa faute d'avoir voulu camoufler une erreur qui se transforme rapidement en catastrophe. 

Qui sont-ils après tout pour juger les membres du Club ? L'ouverture du Club et la narration des "exploits" de l'un d'entre eux confronté à un blob fort ressemblant avec celui de notre fabricant de Mickeys est-il là pour démontrer qu'effectivement, ce n'est pas parce que vous tuez un monstre, que vous pourrez entrer dans ce cercle ? Sont-ils si avides de leurs prérogatives (des monstres qu'ils chassent) ?

A la lecture de ces lignes certains diront que je n'ai rien compris ! Je confirme et surtout cela ne m'a guère amusé.



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5 juin 2010 6 05 /06 /juin /2010 12:00

http://www.decitre.fr/gi/63/9782350871363FS.gifSouffles couplés / Gérald Tenebaum. Editions d'Héloïse d'Ormesson, 2010. 201 pages.
Après le drame, l'été de ses onze ans, les gendarmes ont emmené Alex dans la vallée. Il n'est plus jamais remonté au hameau, entre le Val d'Aoste et la Savoie.
Vingt-sept années plus tard, Alex est barman à Grenoble. Il ne sait plus lire, mais possède une mémoire prodigieuse. Maggy, capitaine de police, exploite parfois ce don pour résoudre des affaires délicates comme celle de l'inconnu du parc Mistral. De son côté, Sandra psycholinguiste, tente de l'aider à s'affranchir de ce monde de souvenirs indélébiles. Hasard ou destin, l'enquête criminelle fait affleurer le passé.
A la tangente du polar, Souffles couplés décline les thèmes du double, de l'entraide et de l'amitié en accompagnant Alex dans sa poignante quête de vérité.

Comme des extraits d'une chanson enfantine des bribes du passé d'Alex viennent ponctuer le récit du présent. Est-ce tout ce qui lui reste de ses souvenirs ou préfère-t-il oublier, lui dont la mémoire est si prodigieuse ?
Tout ce que l'on sait de son passé se résume au premières pages de l'ouvrage : des geandarmes italiens qui attendent leurs confrères français pour descendre cet enfant dans la vallée. Père, mère sont à la fois présents et absents. Quel évènement a pu provoquer cette amnésie (partielle ?) des faits de son enfance et surtout l'empêche de lire ?
En dépit de cet handicap Alex semble avoir trouver sa place. Mais le tiraillement du passé demeure, et Sandra comme Maggy vont l'entraîner avec elles vers ce qui s'est déroulé ce jour là.
L'intrigue est là, tout au long du roman, et ces ritournelles incessantes suscitent l'envie d'en savoir davantage sur Alex. Mais la complexité d'Alex confrontée à celle des autres personnages et à leurs non-dits m'ont laissé sur ma faim. Si tout un chacun comporte sa part d'ombre, l'accumulation ne permet pas à l'esprit de se laisser aller avec aisance dans la lecture; Chacun mériterait un ouvrage à part entière et en dépit du fait du suivi d'Alex vers son passé, des zones d'ombres demeurent (volontaires je n'en doute pas) mais qui ne m'ont pas totalement satisfaites.

Une nouvelle fois, mais avec une approche différente par rapport à son premier roman, Gérald Tenenbaum écrit sur la mémoire et l'histoire : personnelle et historique.

 

Aifelle bien plus enthousiaste :)

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4 mai 2010 2 04 /05 /mai /2010 23:41

- Mais monsieur le commissaire ce n'est absolument pas ma faute si ma PAL continue de grimper, et que, bientôt, mon appartement sera submergé.

- (...)

- Oui je suis faible, très faible.

- (...)

- Non je n'ai absolument aucune intention de me faire soigner, non mais ça va pas, vous déraillez ????

- (...)

- Ok, Ok je me calme et je vous explique comment j'ai lu ce livre...

Vous comprenez cela faisait longtemps qu'il me faisait de l'oeil et je l'ai encore une fois vu passer sous mon nez lors du pique-nique de la blogoboule...

-

- Oui, j'ai compris les faits, les faits. ... Désolée c'est un de mes travers, j'adore les parenthèses et les explications à rallonge sans quoi j'ai l'impression que mes interlocuteurs ne vont rien comprendre, donc....

- (...)

- D'accord je continue. Donc ce jour là, je suis restée stoïque, rien dit (ou presque), enfin je n'ai pas demandé ce "Livre Voyageur", mais voici une semaine c'est dame Chiffonnette qui me l'a mis entre les mains car j'avais évoqué devant elle que je devais déjeuner avec ICB. Et puis ce livre posé sur ma table basse.... Bah voilà, je n'ai pas pu m'empêcher de l'ouvrir et, à présent, il est terminé....


-Vous l'aurez compris, c'est comme d'hab., je ne suis responsable de rien. Books power ! -


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http://www.decitre.fr/gi/18/9782847421118FS.gifFume et tue / Antoine Laurain. Le Passage, 2008. 279 pages. 4*

Au panthéon des fumeurs cultes, vous avez connu Serge Gainsbourg, Winston Churchill, Humphrey Bogart, Georges Simenon...
Jamais vous n'oublierez Fabrice Valantine. Chasseur de têtes, accro à ses deux paquets de blondes quotidiens, Fabrice Valantine se rend un beau jour chez un hypnotiseur dont on lui a vanté les résultats miraculeux : à la surprise de tous, il a décidé d'arrêter de fumer! La séance paraît tout d'abord réussir. Pourtant, quelques semaines plus tard, il craque, en allume une, et constate, stupéfait, que si l'envie de fumer demeure, le plaisir, lui, a totalement disparu.
Fabrice va bientôt découvrir que ses voluptueuses sensations ne lui reviennent... qu'après avoir commis un meurtre. Drôle, inquiétant, provocateur, Fume et tue raconte la vie tabagique et l'œuvre criminelle d'un homme qui aurait bien voulu qu'on le laisse fumer ses cigarettes tranquillement.

 

 

Hé-hé, le voici enfin lu cet opus qui avait fait couler pas mal de pixels sur la blogosphère . Et alors ?

Et bien je ne peux que me joindre aux critiques unanimes que j'avais lu (pardon à ceux que j'omets mais mes souvenirs le concernant restent positifs). Je l'ai trouvé original et ai retrouvé en grande partie la plume de l'auteur qui m'avait plu jusqu'alors. Je vais, une nouvelle fois me répêter, mais j'aime la fluidité de l'écriture chez cet auteur. Ces chapitres sont courts, précis et ma lecture avance quasi toute seule ; je tourne les pages tranquillement, me demandant ce qui m'atend dans les suivantes et reste ravie de l'ironie avec laquelle il traite de son sujet.

Oui la cigarette ; a priori le sujet ne m'interpelle absolument pas et pourtant lorsqu'il évoque les sensations du fumeur, fait référence aux différences entre les cigares, cigarettes, je n'ai absolument aucune envie de passer ces pages qu'ailleurs je jugerais descritptive et ennuyeuse.

En ces années où le fumeur est devenu persona non grata, je souris de lire le roman de cet homme voué à la dame nicotine. Cela m'amuse qu'Antoine Laurain rappelle la résistance active des fumeurs devant cette société qui légifère, protectrice du tabagisme passif, mais qui de l'autre côté sait remplir les caisses des taxes (pardon pour cet aparté qui n'est absolument pas contenu dans l'ouvrage). Oui je retrouve les conditions de travail avec les résistants de la nicotine que son personnage représente (je ne suis pas fumeuse ;-D). Mais là ne s'arrête pas le roman et l'ironie de l'auteur : cela m'amuse qu'il en est fait un homme dont le métier est "chasseur de tête" et qui va devenir, au sens propre, ce chasseur, qui manie Internet et ses outils afin de parvenir à trouver les armes de ces crimes parfaits afin que le bonheur de ses volutes lui reviennent.

Comment ne pas évoquer ce créateur d'oeuvres carbonisées qui va finir de la même manière ? En fait, ces hommes meurent en ayant donné eux-mêmes, d'une certaine manière, à leur meurtrier non pas l'arme dont il avait besoin, mais la manière de mourir.

L'ironie est maniée ici avec dextérité et se glisse tout au long d'un texte, de l'histoire de Fabrice Valantine*, de son quotidien et de ses relations avec la cigarette :)

 

* Volontaire on non, ce nom sonnait pour moi comme "Constantine", film où le héros grand fumeur atteint d'un cancer du poumon continue à se tuer à petit feu, en allumant sa clope .

 

Je sais que c'est involontaire de sa part, mais merci à Brize ;-D

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