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20 octobre 2012 6 20 /10 /octobre /2012 22:26

http://static.decitre.fr/media/catalog/product/cache/1/image/9df78eab33525d08d6e5fb8d27136e95/9/7/8/2/7/5/2/9/9782752906700FS.gifCertaines n'avaient jamais vu la mer / Julie Otsuka. Traduit de l'anglais (américain) par Carine Chichereau. Phébus, 2012. 139 pages. 4,5*

Nous sommes en 1919. Un bateau quitte l'Empire du Levant avec à son bord plusieurs dizaines de jeunes femmes promises à des Japonais travaillant aux Etats-Unis, toutes mariées par procuration. C'est après une éprouvante traversée de l'Océan pacifique qu'elles rencontrent pour la première fois à San Francisco leurs futurs maris. Celui pour lequel elles ont tout abandonné. Celui auquel elles ont tant rêvé.
Celui qui va tant les décevoir. A la façon d'un choeur antique, leurs voix se lèvent et racontent leurs misérables vies d'exilées... leurs nuits de noces, souvent brutales, leurs rudes journées de travail dans les champs, leurs combats pour apprivoiser une langue inconnue, la naissance de leurs enfants, l'humiliation des Blancs... Une véritable clameur jusqu'au silence de la guerre et l'internement dans les camps de concentration - l'Etat considère tout Japonais vivant en Amérique comme traître.
Bientôt, l'oubli emporte tout, comme si elles, leurs époux et leurs progénitures n'avaient jamais existé.

 

J'ai craqué pour cet auteur avant même de l'entendre au Festival America (dont je n'ai toujours pas fini le billet promis, hum). Dès le 1er jour, je suis allée écouter la première interview et n'ai pas manqué de retourner l'entendre au cours d'un débat le dimanche de clôture.

Il semble bien que l'ouvrage fonctionne parfaitement par le bouche à oreille mais je n'ai pas spécialement pris le temps de lire les avis des uns et des autres, car l'ouvrage étant fort court, je ne voulais pas que tout soit "dévoilé" avant que j'ai eu le temps de me faire ma propre opinion.


Original par le style, fort par le sujet mis en valeur par une superbe écriture, en dépit de l'obstacle du thème choisi

En effet Julie Otsuka a opté de ne pas narrer une histoire, mais au fil des témoignages, enquêtes etc elle a choisi de se faire l'écho de toutes ses femmes japonaises qui arrivèrent entre deux guerres, poussaient vers cette terre de cogagne par leur famille, leur situation personnelle et la promesse de s'unir à des japonais installés et ayant réussis. Elles aspiraient, comme bon nombre de migrants à une autre vie que celle qui leur était promise dans leur pays natal.

Tout débute par une traversée qui déjà met à mal leurs estomacs, comme les convictions de quelques unes ; lancées dans le grand bain de l'aventure, elles cherchent refuge dans les connaissances de quelques une qui n'étant plus vierges peuvent leur expliquer ce que leurs maris attendront d'elles. Elles se raccrochent à tout : une photo, le courrier du promis et grande sera leurs déconvenues en découvrant la réalité, comme le caractère des hommes avec qui elles se sont unies par promesses et papiers interposés. Les cris des femmes se juxtaposent en ce second chapitre "La première nuit" qui entrent lui-même quasi en opposition avec celui de la traversée au terme de laquelle elles furent accueillies par "Bienvenue, mesdemoiselles japonaises !" Scènes de viol, de pleurs, de désespoirs ou d'espérances d'attachements mais si infime que c'est bien la violence qui domine ce second chapitre.

Nos jeunes héroïnes ne semblent pas être au bout de leurs peines car au fil des chapitres qui s'égrenent, elles devront faire face au renversement de tous les espoirs qui parviennent à les faire avancer. Même si, deci delà sont évoquées, la disparition de l'une ou l'autre de ses femmes qui s'échappent par la folie parfois ou en se donnant la mort, elles continuent d'avancer.

Vacillantes mais se soutenant à bouts de bras, s'appuyant sur la communauté japonaise elles seront tour à tour confrontés aux "Blancs", si différents dans leurs traditions, si semblables dans la considération des femmes, indifférents, racistes ou, mais se comptant sur les doigts d'une main ou étant eux-mêmes parfois, issus d'une autre émigration, résolument tournés vers l'être humain que la couleur de peau importe peu.

"Les naissances", leurs lots de souffrance en donnant la vie ou en la perdant, les espoirs de se raccrocher au futur donnent un éclairage particulier à l'ouvrage, dans un chapitre central qui plus est. Mais "Les enfants" apportant leurs joies et leurs peines à leurs parents et souhaitant s'intégrer avant tout, ils se retournent bientôt de leur culture de leurs mères faisant bientôt leur désespoir et elles-mêmes la honte de leurs enfants qui les jugent trop japonaises et un frein à leur intégration comme au regard que les américains blancs jettent sur eux. .

La seconde moitié de l'ouvrage est consacrée à l'éclatement de la guerre sino-américaine et des tensions qui s'ensuivent envers les japonais installés aux Etats-Unis. La 5ème colonne semble une évidence pour bon nombre de blancs et, alors que l'intégration semblait commencer à porter ses fruits par le jeu des habitudes, l'opprobe est jeté sur ces américains d'origine japonaises. Bientôt ils devront partir, mais si de prime abord les regrets s'instaurent de la part de leurs concitoyens, peu à peu l'oubli va prendre place, l'indifférence qui est sans doute pire que tout, face au sort qui sera réservé à tous les "PERSONNES D'ASCENDANCE JAPONAISE" qui, par ordre du gouvernement ont dû tout abandonner et rejoindre un point de rendez-vous, pour se rendre... ? Nul ne le sait. Les bruits les plus fous se mettent à galoper.

Terrible écho de la redite des malheurs de ces émigrés qui font peur et qu'on préfère ignorer du moment que notre petite vie n'est pas bouleversée. Comme souvent l'histoire sembel avoir le hoquet, même si on me soutiendra que les circonstances sont différentes.

Un bel effort de mémoire est fait au travers ce petit opuscule. On comprend mieux, une fois la dernière page tournée, l'écho que cet ouvrage peut avoir.

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17 octobre 2012 3 17 /10 /octobre /2012 06:24

http://static.decitre.fr/media/catalog/product/cache/1/image/9df78eab33525d08d6e5fb8d27136e95/9/7/8/2/2/6/7/0/9782267024036FS.gifPromenades avec les hommes / Ann Beattie. Traduit de l'anglais (Etats-Unis) par Anne Rabinovitch. Christian Bourgeois Editeur, 2012. 109 pages

1980. Jane, brillante diplômée de Harvard, a connu son heure de gloire suite à une interview sur la jeunesse protestataire - dont elle fait partie – qu’elle a accordée au New York Times. Peu de temps après, Jane quitte la ferme du Vermont où elle vivait avec Ben, musicien et poète en herbe, pour s'installer à New York avec Neil, un professeur-écrivain beaucoup plus âgé qu'elle qui décide de prendre en main son éducation.
Ceci jusqu'au jour où elle découvre qu'il est marié et, contrairement à ce qu’il prétendait, ne passe pas ses nuits à écrire dans le cabinet de Tyler, son ami vétérinaire. Elle se sépare alors violemment de lui. Deux semaines après cependant, elle part le retrouver chez Tyler. Neil divorce, l'épouse et le couple mène une vie heureuse pendant quelque temps ; Jane est engagée par un réalisateur comme consultante pour le scénario d'un documentaire consacré à la jeunesse déshéritée. Mais la mort de l’ancien compagnon de Jane vient assombrir cet équilibre apparent.
Jane est rongée par la culpabilité, le regret. Quelques mois plus tard, Neil lui annonce subitement qu'il va “disparaître” définitivement. « Bien jeune pour être déjà veuve », Jane se retrouve seule avec le souvenir des deux hommes qu'elle a aimés, convaincue que son mari ne lui a jamais fait connaître son vrai visage et l'a toujours manipulée.

 

Oups !! Lorsque j'ai vu en 4ème de couverture un commentaire de John Updike, j'ai commencé à me méfier (oui lui et moi sommes rarement en accord, même si nous nous ne connaissons pas).

Pas vraiment un roman mais une longue nouvelle, pourquoi pas puisque le résumé m'avait intrigué et que je n'avais pas prêté attention à l'épaisseur du volume.

Verdict : une déception ! Je n'ai pas du tout adhéré au style de la narration, au jeu de la reprise des propos comme au reste. Si les personnages sont peu sympathiques, même Goodness n'est pas parvenu à éveiller de l'intérêt ou à défaut un peu de compassion, si l'histoire m'avait un tant soit peu accroché, j'aurais aimé les détester. Mais, rien ! Leur nombrilisme m'indiffère. Me plonger dans les états d'âmes d'une jeune femme et de son "pygmalion" m'ont laisser froides.

Que dire sur cette relation ? Rien ou si peu. Car si le sujet du roman semble bien être les relations de Jane avec cet homme, elle ne nous apporte guère plus que des clichés.

Le reste est constitué de brefs passages de son existence au coeur de cette relation, un peu d'avant et d'après. Mais rien qui me permette de voir en quoi cette relation, cet "apprentissage" lui aura appris quelque chose. La manipulation me direz-vous ? Et bien je trouve que cette centaine de pages et leur contenu la montre mais s'emmêle avant tout dans la petite vie de cette femme, sans réellement aller au coeur de son existence.  Les regrets sont sans doute bien mieux mis en avant. Mais notre existence n'est-elle pas faite de regrets ? De là à en faire ce livre, je reste sceptique.

Un dernier point, encore une fois négatif, : les références à des personnes, des talk shows sont soit trop datés, ou trop marqués Etats-Unis pour que cela me parle.

 

Anyuka vous rendra le sourire par quelques photos :)

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14 octobre 2012 7 14 /10 /octobre /2012 21:18

http://static.decitre.fr/media/catalog/product/cache/1/image/9df78eab33525d08d6e5fb8d27136e95/9/7/8/2/7/0/2/4/9782702497623FS.gifLes mystères d'East Lynne / Mrs Henry Wood. Traduit de l'anglais par G de La Ruwière. Editions du Masque, 2004 ( Labyrinthes). 655 pages.4 *

La vie, au château d'East Lynne, a l'apparence paisible et rassurante des arbres centenaires et des pelouses verdoyantes de la propriété du Juge Carlyle. Mais il ne faut pas se fier aux apparences, car, depuis le mariage du hobereau avec la belle lady Isabel Varie, les démons du passé ressurgissent... Il semblerait que le marié n'ait jamais renoncé à son premier amour pour Barbara Hare dont le frère Richard est recherché pour meurtre. Il se pourrait ainsi que son épouse n'ait pas oublié son amant Francis Levinson et qu'elle reçoive encore en secret, au château, cet homme peu recommandable. Mais un terrible quiproquo va conduire Mrs Carlyle à fuir East Lynne, la précipitant vers les remous d'un terrible destin. Jusqu'au jour où...

 

Amours tourmentés, moeurs de l'ère victorienne et un crime : voici le programme de cet ouvrage d'une femme dont j'ignorais absolument tout avant d'ouvrir la première page, me demandant bien ce que cela allait donner.

Et bien je dois avouer que je suis très agréablement surprise ! Mrs Henry Wood parvient à faire tenir son crime et sa résolution tout au long des 600 pages de son roman. Même si, au fil des pages, on devine, plus ou moins, l'auteur du crime - le suspect principal démentant formellement être l'assassin, et le lecteur veut bien croire vu le specimen qu'il n'est guère possible que ce soit lui - ce crime reste d'une certaine manière le fil rouge du roman. Il provoque des situations qui font provoquer des quipropos et entraîner Lady Isabelle à sa perte.

Car le mystère d'East Lynne est avant tout pour l'auteur, l'occasion de nous raconter le quotidien d'une petite bourgade, les moeurs de cette cité, comme des personnages. Les tourments des nobles, la perte de leur honneur lorsqu'ils oublient que vivre au-dessus de leurs moyens les entraînent vers une chute sans fin, l'exil ou la misère. Lady Isabel se trouve confronté à cette situation au décès de son père qui, a omis de mettre quelqu'argent de côté afin de l'établir, n'ayant pas imaginé qu'il pourrait venir à mourir avant le mariage de sa fille, et comptant sur la beauté et les belles manières de celle-ci pour parvenir à une union la sauvant de la misère. Comme vous pouvez vous en douter, l'affaire ne tourne pas du tout comme le Comte Mount Severn l'avait imaginé et sa fille se retrouve pourvu uniquement de sa beauté à son décès.

Mais le jeune premier est là : moral, beau, honnête, riche et épris en la personne d'Archibald Carlyle. Prêt à mettre sa vie et son honneur à son service comme il le fait en tant qu'avoué à West Lynne. Tout pourrait aller dans le meilleur des mondes, s'il n'y avait ce crime qui revient inlassablement, que Mr Carlyle essaie de démêler afin d'aider la famille de l'accusé et particulièrement son amie d'enfance Barbara Hare ; cette dernière éprise depuis toujours d'Archibald, souffre du mariage de son ami mais poursuit leur bonne entente sachant qu'il est le seul à pouvoir aider son frère. Leurs discussions discrètes vont susciter rapidement la jalousie de Lady Isabel qui, si belle soit-elle, reste peu sûre d'elle. L'intrusion de Francis Levinson, jeune homme envers qui elle éprouva des sentiments par le passé, la jette dans l'instabilité ; sa naïveté, son manque de jugement vont faire le reste. Cet homme habile et sachant  parfaitement jouer avec le coeur des femmes, va rapidement se rendre compte que la belle Isabel est une femme fort manipulable et que sa jalousie peut la perdre.

Que de portraits de moeurs, de jeux sur les sentiments ! Mrs Henry Wood joue sur tous les tableaux, ajoutant des personnages secondaires qui prennent rapidement une place importante dans cette étude de la société. Chacun a des traits qui, s'ils semblent parfois exagérés, les rend néanmoins soit attachant, soit intriguant ; bref ils ne laissent pas le lecteur indifférent et permet de poursuivre la lecture. 

Bien entendu la morale sera sauve - nous sommes au XIXème siècle -, et notre pauvre héroïne sera punie de toutes ces erreurs, en obtenant néanmoins le pardon tant espéré. Les choses rentrent dans l'ordre et la vie peut se poursuivre à East Lynne.

 

Sur une idée de Cryssilda,

 

 

Frogs - VFAL

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7 octobre 2012 7 07 /10 /octobre /2012 20:30

http://static.decitre.fr/media/catalog/product/cache/1/image/9df78eab33525d08d6e5fb8d27136e95/9/7/8/2/7/4/2/7/9782742769100FS.gifLa marche de Mina / Yoko Ogawa. Roman traduit du japonais par Rose-Marie Makino-Fayolle. Actes Sud, 2008. 4,5*

Après le décès de son père, alors que sa mère doit s'éloigner pour parfaire sa formation professionnelle, la petite Tomoko est revue pour un an chez son oncle et sa tante. Tomoko a douze ans ; à Kobe, son oncle l'attend sur le quai de la gare. Il la serre dans ses bras et la conduit jusqu'à la très belle demeure familiale. Pour Tomoko, tout est ici singulièrement différent. Sa cousine Mina passe ses journées dans les livres, collectionne les boîtes d'allumettes illustrées sur lesquelles elle écrit des histoires minuscules ; un hippopotame nain vit dans le jardin, son oncle a des cheveux châtains, il dirige une usine d'eau minérale et la grand-mère se prénomme Rosa. Au cœur des années soixante-dix, Tomoko va découvrir dans cette maison l'au-delà de son archipel : à travers la littérature étrangère, les récits de Rosa sur son Allemagne natale et la retransmission des Jeux olympiques de Munich à la télévision, c'est un tout autre paysage qui s'offre à elle. La grande romancière japonaise explore dans ce livre, et pour la première fois dans son œuvre, le thème de l'étranger et des origines. En choisissant le prisme des liens de l'enfance, elle inscrit ce roman, comme le précédent. intitulé la formule préférée du professeur, dans un cycle voué à la tendresse et à l'initiation.

 

Rien ne me permettait de m'attendre à ce que j'ai découvert au détour des premières pages de ce roman. Ouvert sans vraiment y penser, afin d'en discuter avec une amie autour d'un déjeuner, je me suis vue entraîner dans une lecture où les faits et gestes comme la manière de le dire semblait simple. Chaque phrase était ciselée alors que le sujet en lui-même ne semblait pas s'y prêter. Enfin initialement on peut dire que si, le fil conducteur étant l'immersion de Tomoko pour une année dans la famille de sa tante maternelle, mais, au fil des pages on découvre à travers les yeux de Tomoko, un univers totalement distinct pour elle, réel mais qui semble pourtant sortie d'un imaginaire fertile, propre à ravir cette pré-adolescente comme le lecteur qui la suit dans cet univers familial.

Bien entendu l'argent est présent dans cette famille et permet d'amener cet univers futuriste : une maison d'inspiration hispanique, de l'espace tant intérieur qu'extérieur inconnu pour Tomoko, des pièces mais aussi une histoire des lieux et d'une famille qui lui était étrangère jusque là. L'histoire d'un zoo, de la venue d'une grand-mère, Rosa venue d'Allemagne depuis près de 50 ans mais qui poursuit son existence à la fois dans un passé et dans son quotidien japonais : se reposant sur l'employée de maison à demeure, Madame Yoneda, présente depuis son arrivée et en qui, elle semble avoir retrouvé un double, un soutien sans faille. Une femme sur laquelle toute la maison semble s'appuyer mais chaque membre de cette famille n'est-il pas une pièce maîtresse de la demeure ? Chacun ayant un rôle qui lui est propre, où le rire semble présent grâce à la joie manifeste de l'oncle de Tomoko dont le sourire semble perpétuel.

Jusqu'à, jusqu'à ce que l'on découvre que ce monde idéal, fait de rêves, d'écritures, lectures et de rêves est également frappé par le quotidien : l'alcool, la rêverie, et ces mêmes rituels du quotidien afin de palier à l'absence, l'échec d'un couple, les non-dits etc.

Ainsi Tomoko découvrira en l'espace d'une saison, que la vie des adultes est parfois complexe, que l'absence et les silences d'une personne peuvent bouleverser le quotidien. Que l'amour peut se donner mais également malmener la vie de ses proches.

Au contact de Mina,sa cousine, elle apprend tout cela, mais également les souffrances physiques de la maladie, de la détresse que manifeste Mina face à son quotidien où le silence prend parfois le pas en dépit d'une vie quotidienne bien remplie. Tomako va découvrir que la lecture et l'imaginaire au contact de l'image d'une simple boîte d'allumette peuvent compléter les rêveries et la vie somme toute incomplète d'une enfant.

C'est à une année riche d'événements, de rencontres et de quotidien que nous propose de suivre Yoko Ogawa en se glissant dans les pas de Tomoko qui jette un regard en arrière et se remémore la richesse de cette période et les changements qu'ils vont entrainer.

Tout est simple et juste dans les propos. Les phrases et les événements se glissent dans le quotidien comme le lecteur peut se glisser dans l'univers.

Le charme a parfaitement fonctionné sur moi.

 

Papillon en parle, comme Emeraude, Chiffonnette et YueYin

 

(..)"En comparaison le calme de ma tante était beaucoup plus profond. Plutôt que de parler, elle préférait tendre l'oreille à la conversation des autres. Au cas où il devenait nécessaire qu'elle parle, comme si elle réfléchissait à la meilleure façon de rassembler sa pensée avec le moins de mots possibles, à moins qu'elle n'attende que quelqu'un d'autre prenne la parole à sa place, il lui fallait un long moment de silence avant de pouvoir prononcer un mot.

Mais ce n'était pas du tout une question de mauvaise humeur. Ma tante tendait toujours l'oreille avec attention.Elle ne négligeait jamais le moindre murmure de qui que ce soit. "(...)

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3 octobre 2012 3 03 /10 /octobre /2012 06:59

http://static.decitre.fr/media/catalog/product/cache/1/image/9df78eab33525d08d6e5fb8d27136e95/9/7/8/2/8/1/1/2/9782811205386FS.gifSuccubus Heat / Richelle Mead.Traduit de l'anglais (Etats-Unis) par Benoît Domis. Bragelonne (L'ombre de Bragelonne), 2010. 356 pages. 4,5*

Georgina Kincaid est un vilain, vilain succube : depuis sa rupture avec l'auteur de best-sellers Seth Mortensen, elle est devenue si insupportable que son patron Jerome, l'archidémon de Seattle, décide de la " prêter " à l'un de ses rivaux... et de lui faire jouer les Mata Hari. Mais Jerome est enlevé et Georgina perd ses pouvoirs ! Point positif : rien ne l'empêche plus de coucher avec Seth sans l'estourbir - sauf un détail: sa nouvelle petite amie.
Georgina semble être la seule à vouloir retrouver Jerome, et elle a peu de temps avant que l'enfer se déchaîne..

 

Alors que les précédents épisodes de Succubus m'avaient parfois laissés sur ma faim, j'ai été agréablement surprise à la lecture de ce quatrième opus. Si l'histoire reste "la même", le style m'a semblé plus enlevé, j'ai perçu moins de temps morts et si, quelques évidences ou quelques personnages sentaient le soufre avant la chute de cet épisode, je dois avouer que j'ai aimé suivre les aventures de Georgina, qui se retrouve pour un temps limité toujours immortelle, mais sans maître direct et sans ses addictions. Enfin c'est vite dit, car notre héroïne a quelques siècles d'expériences derrière elle et, même si elle ne maîtrise pas toujours ses cheveux, son expérience de séductrice et des jeux de l'amour ne l'empêchent en rien de mener à bien son existence.

Georgina n'en reste pas moins prise entre bien des feux : ceux des démons qui se déchirent pour obtenir le territoire de Jérome, ceux de ses amitiés, de ses amours et de ses relations amicales et professionnelles. Elle n'a que fort peu de temps pour parvenir à retrouver Jérome si elle ne veut pas affronter un nouveau chaos dans son existence ; le fait que la durée soit aussi réduite est sans doute pour beaucoup dans l'interêt que j'ai pris à cette lecture. Le côté amusant vient également de la perte de pouvoirs de ces immortels qui se retrouvent en partie perdus : Georgina a peur de beaucoup de choses auxquels elle ne pensait pas jusque là. Le simple fait de traverser la rue ou d'affronter les autres automobilistes dans des rues encombrées l'angoissent. Bien entendu, elle ira au-delà de tout cela et la présence de Seth, l'encourageant et la soutanant lui font passer bien des caps.

On retrouve dans ce volume bon nombre de protagonistes déjà rencontrés dans les épisodes précédents. L'auteur affirme davantage la structure de son histoire et l'orientation de ses personnages.

Reste à lire les derniers volumes, même si je sais déjà que la chute risque de me décevoir quelque peu, si j'en crois Karine :).

 

Lebillet de Karine :), Emily, Blandanou

 

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30 septembre 2012 7 30 /09 /septembre /2012 19:00

http://static.decitre.fr/media/catalog/product/cache/1/image/9df78eab33525d08d6e5fb8d27136e95/9/7/8/2/2/1/3/6/9782213669595FS.gifLe docteur Thorne / Anthony Trollope. Traduit de l'anglais, préfacé et annoté par Alain Jumeau. Fayard, 2012. 507 pages. 3,5*

Le Docteur Thorne, qui a valu à Anthony Trollope son plus grand succès, constitue (en 1858) l’une des premières apparitions dans le roman anglais du personnage du médecin, appelé à un bel avenir littéraire. Les rapports entre le mariage et l’argent, dans une société inégalitaire mais mobile, sont au cœur d’une intrigue attachante. Le docteur Thorne, célibataire endurci, a recueilli chez lui sa nièce Mary, orpheline, qui est devenue une belle jeune fille.
Il souffre de la voir mise à l’écart par la bonne société du village, du fait qu’elle est de naissance obscure et sans fortune. Elle ne saurait épouser celui qu’elle aime, Frank Gresham, un jeune héritier désargenté qui l’aime également, mais dont le devoir est d’épouser « une fortune » pour sauver le domaine familial hypothéqué. Trollope nous offre ici un magnifique roman d’amour, qui se distingue, comme toujours, par la richesse psychologique de ses personnages, l’intérêt de son étude de mœurs et son inspiration aimablement satirique.

 

Grâce à la fine bande des Frogs, je découvre lis des auteurs dont je n'avais eu l'idée d'ouvrir le moindre ouvrage. Leur existence restant jusqu'alors pour moi, des noms, des titres vagues.

Alors même si je n'adhère pas toujours au style, il est vrai bien loin des lectures / écritures de la seconde moitié du XXème siècle qui constituent sans doute la plus grande part de mes lectures (après tout, nous ne sommes qu'au début de ce XXième siècle), je dois avouer que je suis ravie de prendre le temps d'ouvrir ces "classiques", et de me trouver plongée dans cette Angleterre victorienne. Moeurs, usages politiques, économiques et de la vie courante se retrouvent sous nos yeux au détour des histoires. Il montre à la fois l'évolution d'une société, d'un pays mais également du genre littéraire. 

Comme je manque cruellement de connaissances concernant l'oeuvre de Trollope (Wikipédia ne remplacera jamais la lecture des ouvrages d'un auteur, si bien faite que soit la page), je vais peut être vous faire sourire en me précipitant sur des évidences, mais tant pis :))

Si je reprends la 4ème de couverture, ce qui m'interpelle en premier lieu est "Trollope nous offre ici un magnifique roman d’amour". Heu oui, mais j'ai vu des romans d'histoires d'amour proposant des péripéties si ce n'est plus haletantes, du moins le style tenait-il davantage le lecteur en haleine jusqu'à la dernière page. Si des problèmatiques se greffent autour de couple improbable, si l'argent, les influences, le pouvoir se disputent à la jeunesse et l'inexpérience de Frank et Mary et à leurs sentiments, le style de la narration de Trollope, sa façon de s'immiscer dans le roman, revendiquant sa place de romancier, casse parfois un peu le fil. Ajoutons à cela qu'il ne laisse guère de mystère quant à l'issue du roman et que l'on voit de fort loin, la chute.

La prouesse d'Anthony Trollope reste, comme je le disais, de tisser les fils de son intrigue et de ses personnages que l'on retrouve liés par des mésalliances, affaires de famille, histoires d'argent etc...Tout un chacun cherche sa place, à sauver son honneur, son titre ou son sang, à s'élever. C'est là le grand mérite du roman et ce qui le rend unique.

Trollope donne réellement une image de ses personnages, tant physiquement que moralement. Sans doute était-il aisé pour ses contemporains de retrouver des voisins tout au long de ses chroniques - car j'ai appris grâce à Isil, que ce volume est le 3ème des Chroniques de Barsetshire, même s'il peut se lire individuellement - Les contemporains de Trollope pouvaient s'y retrouver, mais également ses lecteurs grâce à des personnages qui font des apparitions dans ce volume. Anthony Trollope aime ses personnages, jouent avec eux, comme avec les noms qu'il leur donne ; tout cela ressemble fort à une moquerie amplifiée des petits travers des uns et des autres, et plus particulièrement des hommes. S'ils sont force de lois, décisionnaires, ils semblent bien souvent moquer au fil de ce roman. Les femmes affichent davantage de caractère que leurs maris, soupirants ou autre. Le Docteur semble une exception mais il n'en reste pas moins sous une certaine emprise de sa nièce comme des femmes de sa maison. Il est décisionnaire par la force des choses, mais n'apprécie en rien ses missions. Ses amitiés, relations le mettent dans l'embarras plus souvent qu'à son tour, alors qu'il ne semble aspirer qu'à excercer son métier, à la limite les joutes verbales avec des confrères qu'il juge parfois, ... Le médecin qu'il est, n'est pas à sa place et ses relations avec le squire comme avec la famille du squire ou d'autres montrent bien l'ambivalence de sa situation. 

Les plus intéressants portraits / caractères semblent ceux des femmes : Mary bien entendu qui, si elle fut stimulée par son oncle, reste néanmoins une personnalité qui se serait sans doute développée de la même manière. Miss Dunstable, dont la fortune lui permet tout semble bien en avance sur son temps par son esprit comme par son indépendance. La mère de Franck et sa famille avec son penchant pour le sang pur, l'héritage du passé. 

Ne serait-ce que pour ces portraits de femme et quelques épisodes dont les relations entre les médecins de campagne ou l'anoblissement de Sir Roger, il faut lire cet ouvrage.

Toutes les pages ne trouvent pas grâce à mes yeux, mais il n'en demeure pas moins un ouvrage intéressant, en dépit de quelques longueurs.

 

Un avis, un second,

Frogs - VFAL

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22 septembre 2012 6 22 /09 /septembre /2012 21:21

2012-09-21-17.07.56.jpg

C'est à un programme toujours aussi varié et chargé que nous convie le Festival America pour son édition 2012.

Hasard  de la programmation, reconnaissance du grand public, nul ne peut encore le dire, mais la foule était au rendez-vous dès vendredi après-midi et cela s'est confirmé aujourd'hui samedi.

Il faut dire que l'invité d'honneur, Madame Toni Morrison, sa gentillesse et son esprit, semble galvaniser la foule !

 

Bref il faut se ruer a minima une heure à l'avance pour obtenir une place.

Saluons ici les efforts de tous les membres, professionnels et bénévoles du Festival, qui n'hésitent pas à tenter de trouver des solutions afin que le plus grand nombre d'entre nous puissent assister aux événements et notamment les interventions de cette invité exceptionnelle. 

2012-09-22-16.21.34.jpg

Vous pouvez retrouver la vidéo de sa première intervention, vendredi, sur le site du Festival America ou via Youtube.

 

Je vous reparle très vite des événements auxquels j'ai pu assister. Pas aussi nombreux que je le souhaitais pour des raisons personnelles, mais je vais garder en mémoire (et vous faire partager) un petit déjeuner magnifique avec Louise Erdrich.

Ce à quoi j'ai pu assister :

* Vendredi 21 septembre

Café des libraires, Ouverture avec Toni Morrison (cf la vidéo ci-dessus)

Scène "In the city" avec Teju Cole, Jonathan Dee, Adam Ross

Café des libraires, "Les chemins de l'existence" - extrait- avec Julie Otsuka ...

* Samedi 22 septembre

Petit déjeuner avec Louise Erdrich

Forum des écrivains "Le rôle de l'écrivain" avec Russell Banks, Louise Erdrich, John Freeman, Nicole Krauss et Luis Sepulveda

Scène "Notre époque" avec Russell Banks, Jennifer Egan, Chad Harbach,Rebecca Makkaï

Grand entretien avec Toni Morrison.

 

Le programme de demain est prêt; reste à savoir si je vais être apte à m'y rendre.

Les premiers ouvrages que j'ai hâte de découvrir sont ceux de Julie Otsuka, Rebecca Makkaï et Nicole Krauss (et bien entendu Louise Erdrich).

Les autres viendront dans un second temps, mais je vous en reparle

Bravo aux traducteurs et bénévoles !!!

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19 septembre 2012 3 19 /09 /septembre /2012 06:11

http://static.decitre.fr/media/catalog/product/cache/1/image/9df78eab33525d08d6e5fb8d27136e95/9/7/8/2/8/6/2/6/9782862607085FS.gifAu coeur des ténèbres suivi de Un Avant-poste de progrès / Joseph Conrad. Nouvelle traduction de Odette Lamolle. Aditions Autrement, 1997 (Littératures).168 pages. 3*

C'était devenu une région de ténèbres. Mais il y avait tout particulièrement en son cœur une rivière, une grande rivière puissante, que l'on pouvait suivresur la carte, semblable à un immense serpent déroulé, avec sa tête dans la mer, son corps au repos s'incurvant indéfiniment sur une vaste contrée, sa queue se perdant dans les profondeurs du pays. Et tandis que je la contemplais sur une carte à la devanture d'un magasin, elle me fascina, comme un serpent fascine un oiseau. Je me souvins alors qu'il y avait un gros comptoir, une compagnie commerciale, sur cette rivière. Que diable ! pensai-je, ils ne peuvent faire du commerce sans utiliser des bateaux d'un genre quelconque sur toute cette eau douce des bateaux à vapeur ! Pourquoi ne pas essayer de m'en faire confier un ? Je continuai mon chemin dans Fleet Street, mais je ne pus me débarrasser de cette idée. Le serpent m'avait envoûté. " On comprend qu'Au cœur des ténèbres ait plus d'une fois attiré des hommes de cinéma, comme Francis Ford Coppola et Joël Jouanneau. Le livre côtoie certains grands mythes universels. La remontée du fleuve par le petit vapeur que commande le narrateur Marlow est une descente aux enfers. L'ensemble du voyage est une quête." Sylvère Monod.

 

De prime abord j'ai eu beaucoup de mal à lire les premières pages de cette longue nouvelle, car c'est une histoire racontée par le capitaine Marlow (double de l'auteur) qui va nous faire pénétrer au coeur du récit. Mais avant cela, les quelques pages de descriptions du voilier de croisière m'empêchaient de saisir quand l'attente allait se terminer. Du coup, je n'ai trouvé réellement satisfaction qu'une fois, le futur capitaine en quête de son engagement. Enfin il obtient son "affectation" et commence, à défaut de la remontée du fleuve, une lente descente aux enfers que nous retrouveront, avec les jours qui s'écoulent, lentement, dans "Un avant-poste de progrès". Dans ces deux nouvelles, on retrouve une critique de l'impérialisme et du colonianisme, mais avant tout une réflexion sur la nature humaine.

L'homme blanc, dominateur et puissant, n'en reste pas moins homme déraciné - tout comme ces africains que l'on expatrie vers d'autres terres et qui se retrouvent incapable de se nourrir correctement - et qui face à la solitude ne sait plus se comporter comme il le devrait. Tombe dans les pires travers par l'appat du gain, susceptible de tuer ou laisser tuer l'homme qui le côtoie quelque soit sa couleur de peau, du moment que cela lui rapporte quelque chose.

La folie guette chacun, les malversations de Kurtz si décriés soient-elles permettent à la compagnie de s'enrichir, mais son influence et son rendement sont tels que les instances attendent sa chute de la manière la plus radicale possible.

Joseph Conrad ne manque pas d'un certain humour dans son rendu du récit ; humour grinçant, cela va sans dire, puisque sur ce chemin la mort guette à chaque instant. Ses pélerins sont munis de fusils dont ils semblent ignorer la bonne utilisation et alors même qu'un coup de sifflet est apte à repousser les attaquants, la peur et la panique les fait utiliser leurs armes ce qui engendre un épais brouillard manquant de faire échouer la péniche.

Même si en raison de la forme (des nouvelles), je n'ai pas été totalement conquise, j'ai néanmoins été intéressée par les idées et la manière qu'à eu J. Conrad de présenter ce qui reste la transposition de son expérience (6 mois sur l'un des vapeurs circulant sur le Congo), de son état d'esprit concernant l'exploitation des richesses et des personnes.

Une découverte à confirmer.

 

Pour un billet beaucoup plus complet, voir L'or des livres,

Frogs - VFAL

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16 septembre 2012 7 16 /09 /septembre /2012 06:06

http://static.decitre.fr/media/catalog/product/cache/1/image/9df78eab33525d08d6e5fb8d27136e95/9/7/8/2/8/4/1/5/9782841567348FS.gifLe quatrième sacrifice  - Les disparues de Shanghaï / Peter May. Traduit de l'anglais par Ariane Bataille. Editions du Rouergue, 2006. 379 + 362 pages. 4*

En l'espace de quatre semaines, quatre corps sont découverts à Pékin. Les trois premières victimes ont été droguées et attachées. Puis une main experte les a décapitées. Autour de leur cou, une mystérieuse pancarte portant un chiffre et un nom. La quatrième a été exécutée de la même façon, mais cette fois il s'agissait d'un diplomate américain. Or personne ne sait pourquoi Yuan Tao est revenu en Chine après avoir vécu si longtemps aux Etats-Unis, pourquoi il a accepté un emploi subalterne à l'ambassade américaine, pourquoi il loue un deuxième appartement dans un quartier pauvre de Pékin, ni pourquoi il a trouvé la même mort étrange que trois Chinois apparemment sans liens...

Les corps mutilés et démembrés de dix-huit femmes sont découverts sur le chantier d'une banque sino-américaine en construction à Shanghai. Appelé spécialement de Pékin pour mener l'enquête, le commissaire Li Yan découvre l'un des plus terrifiants catalogues de tueries jamais mis au jour. Une fois encore, et malgré la relation explosive qui règne entre eux, il devra faire appel au talent de la pathologiste américaine Margaret Campbell pour identifier les victimes. Bientôt, ils s'aperçoivent que les femmes assassinées ont probablement été découpées vivantes et qu'ils ont affaire à un véritable monstre... Dans l'atmosphère humide de l'automne d'un Shanghai à la fois futuriste et vétuste, pour se rapprocher de ce tueur impitoyable, Li Yan et Margaret devront mettre de côté leurs difficultés personnelles, déployer tous leurs talents et accepter de faire face à leurs pires cauchemars. 

 

J'ai retrouvé avec plaisir Margaret Campbell et Li Yan dans ces second et troisième volumes. "Le quatrième sacrifice" est intéressant au niveau de la situation des deux personnages principaux car il s'enchaîne avec "Meurtres à Pékin". S'ils sont épris l'un de l'autre, le scandale dont ils se sont fait l'écho et leurs relations ont entraîné de sérieuses remises en question de la part des supérieurs de Li Yan, et une méfiance de la part des autorités locales ou américaines à l'égard de Margaret. Cette dernière, consciente (pour une fois) qu'elle ne peut pas déplaire davantage aux autorités chinoises, et n'ayant pas de nouvelles de Li Yan décide de tourner la page et de rentrer au pays. Bien entendu, à peine cette décision est-elle prise que les autorités et la diplomatie lui demandent d'assister la police chinoise dans l'enquête sur l'assassinat d'un ressortissant américain d'origine chinoise. Le ballet entre les deux protagonistes reprend, entrecoupé de jalousie, de non dits et de l'irruption dans la vie de Li Yan, de sa nièce. Dans ce volume est abordé le problème de l'enfant unique, sujet qui reviendra dans le suivant également et prendra de l'ampleur, mais également l'histoire des factions de la Révolution culturelle, de leur acharnement contre les intellectuels. Mais, même si la résolution de l'enquête apparaît clairement aux yeux du lecteur, bien avant le dénouement, Peter May conserve quelques éléments avant de tourner la dernière page.

"Les disparues de Shanghaï" se positionne un peu plus tardivement dans l'histoire du couple qui, s'il n'a pas encore de toit commun, a appris l'un de l'autre, ce qui ne va pas l'empêcher de se déchirer dans cette enquête qui les éloigne de leurs lieux habituels, et semble bouleverser leur train train. Après Margaret dans le volume précédent, c'est le tour de Li Yan de rencontrer une policière qui par bien des points pourraient lui convenir, comme le reconnait Margaret : culture, langue communes font qu'elle se sent de trop. Mais à force de jouer à ce jeu de chat et de la souris, j'ai commencé à me lasser des miévreries de Margaret et de son indécision quant à son devenir. Son caractère, contrairement à certains lecteurs, et ses réactions intempestives (même si elles sont un peu parfois excessives) restent compréhensives, mais son apitoiement sur elle-même  concernant son couple m'ont agacé.

La résolution de l'enquête, si ce n'est un point essentiel d'un point de vue culturel, m'a semblé d'une telle évidence, que j'ai eu la sensation que Peter May avait passé trop de temps à laisser jouer ses héros avec leurs sentiments, (remplissage ?). Bref une mini déception, qui ne va pas m'empêcher - loin s'en faut -  de me précipiter sur la suite des romans de cette série.


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13 septembre 2012 4 13 /09 /septembre /2012 10:35

http://static.decitre.fr/media/catalog/product/cache/1/image/9df78eab33525d08d6e5fb8d27136e95/9/7/8/2/0/7/0/4/9782070426270FS.gifLe Moulin sur la Floss / George Eliot. Texte traduit par Alain Jumeau. Gallimard, 2003. (Folio Classique). 697 pages. 4*

Ce sommet de l'histoire du roman anglais (qui en compte d'ailleurs beaucoup) date de 1860. Le thème principal en est l'amour tragique entre un frère et une sœur, qui se brouillent de longues années pour se réconcilier dans la mort. Entre-temps, la jeune fille a été amoureuse d'un infirme, puis du fiancé de sa cousine : mal lui en prendra. Le meilleur du livre est dans la peinture poétique de l'existence quotidienne la plus humble, dans " le sentiment de la question mystérieuse de la vie humaine et de la vie de la nature, des mystères sublimes auxquels nous participons en le sachant aussi peu que la fleur qui pousse " (Marcel Proust). On aimera ainsi " la nouveauté des images venant d'une vue tendre et neuve des choses ". 

 

Alors que l'ouvrage se trouvait déjà dans ma pile, j'ai été amusée de lire les références à George Eliot dans "Le Maître" de Colm Toibin. La soeur d'Henry James est une fervente lectrice de l'auteur et lorsque l'écrivain se rendra au Royaume Uni, sa soeur envie sa rencontre avec son auteur. Plusieurs fois il est fait référence à G. Eliot dans la rédaction de l'ouvrage de Colm Toibin. Au vu de la description des inspirations, de la vie de la soeur d' Henry James et des éléments biographiques de George Eliot, on peut comprendre que les jeunes filles ayant un tantinet de cervelle et souhaitant "s'émanciper" pour l'époque se soient retrouvées dans les écrits de cet auteur.

Sans être une féministe, du fait de son éducation, G. Eliot a eu accès à une éducation, à des discussions et réflexions. Eléments qu'elle reprend au compte de Maggie. Même si Maggie n'est pas un double d'elle-même, il est certain que son personnage est largement inspiré de sa propre éducation, de son histoire (ainsi que le rappelle la préface que je vous déconseille de lire avant l'ouvrage, car la chute de l'histoire et bon nombre de clés sont donnés).

"Le Moulin sur la Floss" est un roman intéressant au niveau historique, du fait de la période à laquelle il se déroule : les changements commencent à être perceptibles, des hommes progressent et se hissent dans l'aisance financière en quelques années alors que jusqu'alors tout se construisait génération après génération. Si certains parviennent ainsi à s'élever, d'autres voient leur vie perturber par ces changements : ce qui va arriver au père de Tom et Maggie Tulliver dont le caractère et le manque d'à propos dans les changements va entraîner une chute dans la situation familiale.

Car c'est l'histoire d'une famille que nous allons suivre sur plusieurs années, la vie campagnarde et sociale d'un frère et d'une soeur dont les tempéraments et l'intelligence diffèrent en bien des points, mais dont l'attachement reste intact en dépit des événements heureux ou malheureux auxquels ils sont confrontés tout au long de ce roman.

C'est au travers de Maggie et Tom que nous allons suivre l'évolution de la société, les réactions de la famille proche comme des voisins.

Tous deux ont des caractères forts et faibles, mais Maggie dont l'extrême sensibilité prime de par son éducation, manifeste également une intelligence qui ne plait guère à son frère ou à sa mère, qui attendent d'elle ce que l'on souhaite à toute jeune fille en cette période : qu'elle se marie de la meilleure manière, de ne pas trop parler, ni trop réfléchir. En un mot, d'être obéissante. Même si la fierté de son père est évidente, il n'hésite pas à dire qu'il est dommage que son fils n'est pas hérité de davantage de raisonnement. En dépit, de ses travers Tom analyse davantage les situations et se montre plus apte à s'adapter. Maggie semble souffrir du poids de la société (mais sans doute cette analyse est-elle plus simple à voir vu du XXIème siècle).

Grâce à ce roman, George Eliot propose de très belles envolées, des descriptions de la campagne, de la Floss ou des états d'âmes de ses personnages. L'ensemble est parfois vibrant, et peut paraître également un peu longuet aux yeux de nos contemporains. Le tout est intéressant en dépit de ces sentiments de longueurs et de l'incompréhension que le lecteur peut éprouver de l'agacement devant les erreurs de Maggie, devant la dureté de Tom, frère affectueux sans doute, mais qui ne sait comment exprimer ses sentiments et comment freiner sa soeur dans sa volonté d'aller au-delà de ce qu'on attend d'une femme, de voir avancer la société qui, comme nous le constaterons en fin de volume, verra toujours la femme comme étant La Responsable. En se voulant indépendante, par la pensée et  l'existence, volontairement et involontairement, Maggie se retrouve jugée.

Mais la Floss poursuit son chemin inexorablement, change parfois son cours à l'image de l'existence, mais vaille que vaille, avance.


Frogs - VFAL

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