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14 décembre 2013 6 14 /12 /décembre /2013 06:52

http://decitre.di-static.com/media/catalog/product/cache/1/image/9df78eab33525d08d6e5fb8d27136e95/9/7/8/2/3/3/0/0/9782330022600FS.gifKinderzimmer / Valentine Goby. Actes Sud, 2013. 218 pages. 4*

En 1944, le camp de concentration de Ravensbrück compte plus de quarante mille femmes. Sur ce lieu de destruction se trouve comme une anomalie, une impossibilité : la Kinderzimmer, une pièce dévolue aux nourrissons, un point de lumière dans les ténèbres. Dans cet effroyable présent une jeune femme survit, elle donne la vie, la perpétue malgré tout. Un roman virtuose écrit dans un présent permanent, quand l'Histoire n'a pas encore eu lieu, et qui rend compte du poids de l'ignorance dans nos trajectoires individuelles.

 

La perspective de nourrissons dans ces camps de la mort me donnait le frisson et, en dépit de la finesse de la présentation de son ouvrage, de toutes les remarques formulées au cours d'un débat, j'ai eu beaucoup de mal à me décider à prendre ce livre. (En fait j'avais mal compris les propos tenus ce soir-là ; j'avais entendu que c'était l'enfant qui relatait dans le moindre détail ses perceptions et, j'avais du mal à pouvoir imaginer cela. Valentine Goby parlait en fait de son héroïne).

Les premières pages (pas le prologue) m'ont laissée dubitatives. Les phrases me semblaient obscures. Les mots isolés. Je ne comprenais pas. Et puis, et puis... je suis entrée dans ce roman pour finalement ne pas l'abandonner, comprenant mieux ces primes hésitations une fois l'ensemble lu. Comme quoi, j'ai parfois raison de m'obstiner à vouloir lire les livres jusqu'au bout.

Alors oui ce livre parle d'un camp de concentration, mais il parle avant tout d'une femme. De son regard, de tout ce qui la raccroche à la vie, de ses moments d'égarements devant ce monde inconnu loin de tout ce qu'elle connaît, de cet apprentissage de mots dans une langue étrangère, dans une violence dont elle ignorait tout et qui explique un début chaotique que j'ai eu bien du mal à appréhender. Car non contente de nous présenter son personnage et son arrivée au camp, Valentine Goby nous restitue les images, les mots et les sensations de Mila. Son monde a disparu et elle doit tout réapprendre ou simplement découvrir. Mais dans cet univers carcéral, elle n'est pas / plus seule. D'autres femmes, plus jeunes, plus vieilles, sans âge... juste dans le même espace qu'elle, dans un même enfer et qui tente de survivre à l'enfer si proche et si réel.

Mila est presque sans âge. Elle a agi, jusque-là, quasi par automatisme : elle s'est raccrochée à sa cousine dans son enfance, au cryptage des messages et elle se retranche en elle-même, sur son secret, son enfant qu'elle dissimule non par honte, mais pour le sauver. Devant l'horreur, elle apprend les gestes, les odeurs, savoure un rayon de soleil, un sourire, un souffle d'haleine qui réchauffe et un chien qui ne la mord pas. Aucune réponse, simplement des faits.

Et puis, ... son fils qui naît

Cette Kinderzimmer où les petits sont entassés, où le temps leur est compté.

Sa lutte reprend inlassablement alors que le souffle des enfants est si faible qu'il peut à tout moment s'éteindre comme une bougie, ces vieillards à peine nés qui ne savent pas crier.

Comme Mila, on espère, on s'accroche à ses choix si peu nombreux, parfois dangereux, elle qui erre dans cet univers où l'être humain tient si peu de place.

 

L'avis de Stephie.

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11 décembre 2013 3 11 /12 /décembre /2013 06:54

http://decitre.di-static.com/media/catalog/product/cache/1/image/9df78eab33525d08d6e5fb8d27136e95/9/7/8/2/2/5/3/0/9782253005964FS.gifTess d'Urberville / Thomas Hardy. Traduit de l'anglais par Madelein Rolland et André Topia. Le Livre de Poche, 1995. 476 pages. 3*

Jeune paysanne innocente placée dans une famille, Tess est séduite puis abandonnée par Alec d'Urberville, un de ses jeunes maîtres. L'enfant qu'elle met au monde meurt en naissant. Dans la puritaine société anglaise de la fin du XIXe siècle, c'est là une faute irrémissible, que la jeune fille aura le tort de ne pas vouloir dissimuler. Dès lors, son destin est une descente aux enfers de la honte et de la déchéance.

 

Souvenir de jeunesse du film réalisé par Roman Polanski. Dans ma mémoire, la vie de Tess était difficile, elle enchainait les mésaventures et les moments positifs étaient rares, mais je n'étais guère certaine de me souvenir de la chute de cette histoire. Même si je n'ai pas revu ce film depuis, j'aime connaître les deux versions lorsqu'elles existent et voici  un bon moment que je souhaitais lire ce roman.

Oui cette histoire est fortement marquée par la période à laquelle elle a été écrite mais, même s'il est difficile d'admettre certaines situations de notre point de vue, je le vois comme un "témoignage" des faits et du quotidien de la fin du XIXème siècle en Angleterre, de la vie paysanne.

Tess est tour à tour attachante, généreuse et intelligente, même si sa gentillesse va lui nuire plus que de raison, qu'il s'agisse de ses parents ou de ses rencontres avec les hommes. Car non il n'était pas simple d'être une pauvre paysanne en cette période où l a morale impacte plus que de raison les jeunes femmes alors que la décadence est tolérée chez les hommes et plus particulièrement dans la bourgeoisie. Portrait social où la religion trouve sa place dans le contexte historique.

Thomas Hardy donne davantage le beau rôle à la nature qu'il sait décrire à merveille, sans se montrer par trop étouffant. Il décrit amoureusement les paysages de la région où vit Tess, où elle se rend, jouant avec les reliefs, la richesse des prairies et du quotidien lorsque sa vie semble prendre un nouveau tournant, l'opposant à l'aridité de la terre et aux frimas lorsque sa vie se trouve bouleversée par de nouvelles épreuves. Des descriptions qui enrichissent l'histoire sans être pesantes, l'histoire en elle-même étant déjà bien assez pessimiste. En dépit de la religion, de ces peintures, l'existence de Tess est sans espoir.

 

 

 

 

89369686_o    Frogs - VFAL

Chez Fersenette

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7 décembre 2013 6 07 /12 /décembre /2013 18:00

http://decitre.di-static.com/media/catalog/product/cache/1/image/9df78eab33525d08d6e5fb8d27136e95/9/7/8/2/0/2/1/1/9782021119138FS.gifL'échange des princesses / Chantal Thomas.Seuil, 2013. 334 pages. 2,5*

En 1721, Philippe d’Orléans est Régent, dans l’attente que Louis XV atteigne la maturité légale. L’exercice du pouvoir est agréable, il y prend goût. Surgit alors dans sa tête une idée de génie : proposer à Philippe V d’Espagne un mariage entre Louis XV, âgé de onze ans, et la très jeune Infante, Maria Anna Victoria, âgée de quatre ans, qui ne pourra donc enfanter qu’une décennie plus tard. Ce laps de temps permet l’espoir d’un "malheur" qui l’assiérait définitivement sur le trône de France… Et il ne s’arrête pas là : il propose aussi de donner sa fille, Mademoiselle de Montpensier, comme épouse au jeune prince des Asturies, futur héritier du trône d’Espagne, pour conforter ses positions.
La réaction à Madrid est enthousiaste, et les choses se mettent vite en place. L’échange des princesses a lieu début 1722, en grande pompe, sur une petite île au milieu de la Bidassoa, la rivière qui fait office de frontière entre les deux royaumes. Tout pourrait aller pour le mieux. Mais rien ne marchera comme prévu. Louis XV dédaigne l’Infante perdue dans l’immensité subtile et tourbillonnante du Louvre et de Versailles ; en Espagne, Mademoiselle de Montpensier ne joue pas le jeu et se refuse à son mari, au grand dam de ses beaux-parents Philippe V et Elisabeth de Farnèse.

 

Je sais bien que contrairement à de nombreuses critiques, je n'avais pas aimé  Les adieux à la reine et qu'il peut paraître étrange que je me sois lancée dans la lecture du dernier roman de Chantal Thomas, mais la curiosité l'a emportée sur la sagesse. Les critiques miintriguaient et une interview plus tard, je décidais de le lire....

Cette fois encore, c'est raté ...

Si j'avais aimé son style et sa plume dans l'ouvrage précédemment cité, je ne peux en dire autant cette fois. Toute la première partie m'a paru totalement poussive. Ne comprenant pas ces choix d'écriture, j'ai repris la page de titre et y ai bien lu roman (on peut même lire Fictions sur la sur-couverture). C'est bien là ce qui me gêne ! J'entends bien que l'histoire ne peut nous donner tous les détails qui se sont déroulés dans les années 1720, mais j'aurais aimé que l'auteur joue totalement le jeu et ne nous propose pas des extraits de correspondances comme s'il s'agissait de documents. J'ai réellement eu la sensation de lire dans certains chapitres un exposé et non pas un roman.

Quelle déception ! Car ce fait historique intrigue et le fait de nous faire vivre en parallèle ces deux destins des 4 cousins qui ne semblent que des marionnettes dans les mains des adultes avaient beaucoup d'atout pour fasciner. Leurs différences d'âges, d'éducation, de sentiments auraient certainement dû m'intéresser. Mais le style m'ayant déplu, je me suis attachée à tout ce qui me paraissait improbable et, en particulier cette enfant de 4 ans à la fois si raisonnable, si réfléchie (lorsqu'elle ne joue pas, néanmoins) mais qui ne sait ni lire et écrire. Cela semble irréaliste !

Si j'ai découvert bon nombre de faits, révisé mon histoire concernant cette courte période de fiançailles entre Louis XV et l'infante d'Espagne, on ne peut pas dire que j'y ai trouvé du plaisir en dépit de tous les chemins pris par Chantal Thomas.

A fuir !


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1 décembre 2013 7 01 /12 /décembre /2013 21:29

http://decitre.di-static.com/media/catalog/product/cache/1/image/9df78eab33525d08d6e5fb8d27136e95/9/7/8/2/3/3/0/0/9782330022648FS.gifUne part de ciel / Claudie Gallay. Actes Sud, 2013. 448 pages.

Aux premiers jours de décembre, Carole regagne sa vallée natale, dans le massif de la Vanoise, où son père, Curtil, lui a donné rendez-vous. Elle retrouve son frère et sa soeur, restés depuis toujours dans le village de leur enfance. Garde forestier, Philippe rêve de baliser un sentier de randonnée suivant le chemin emprunté par Hannibal à travers les Alpes. Gaby, la plus jeune, vit dans un bungalow où elle attend son homme, en taule pour quelques mois, et élève une fille qui n'est pas la sienne.
Dans le Val-des-Seuls, il y a aussi le vieux Sam, pour-voyeur de souvenirs, le beau Jean, la Baronne et ses chiens, le bar à Francky avec sa jolie serveuse... Dans le gîte qu'elle loue, à côté de la scierie, Carole se consacre à une traduction sur la vie de Christo, l'artiste qui voile les choses pour mieux les révéler. Les jours passent, qui pourraient lui permettre de renouer avec Philippe et Gaby un lien qui n'a rien d'évident : Gaby et Philippe se comprennent, se ressemblent ; Carole est celle qui est partie, celle qui se pose trop de questions.
Entre eux, comme une ombre, cet incendie qui a naguère détruit leur maison d'enfance et définitivement abîmé les poumons de Gaby. Décembre s'écoule, le froid s'installe, la neige arrive... Curtil sera-t-il là pour Noël ?

 

Après la découverte de son roman  Les déferlantes, j'avais très envie de lire le dernier roman de Claudie Gallay. L'opportunité me fut donnée et je ne regrette absolument pas même si, je suis certaine qu'une nouvelle fois, cet opus ne plaira pas à tout le monde.


Si on retrouve des images similaires, c'est dans le milieu montagnard que, cette fois, l'histoire nous est contée. Un village qui semble prêt à mourir à petit feu, perdu dans les habitudes des anciens ou du quotidien. Où la scierie et le café semblent les deux piliers de la  survie du Val-des-Seuls, mais il y a l'avalanche qui entraîne les hommes vers leur idéal de l'Or blanc : la perspective de la création d'une piste de ski alpin divise les habitants. La modernité, le tourisme... La survie du village est-elle à ce prix alors que tout ferme, s'étiole, que chacun semblant suivre son quotidien ?

A l'image de cette avalanche, Curtil le père de Carole, Philippe et Gaby provoque et suscite les interrogations de la part des habitant comme de ses enfants pour qui il reste l'errant, qui ignorent quand et s'il viendra. La perspective de son retour leur permet de se retrouver pour un court laps de temps, et pour Carole de soulever les interrogations qu'elle  était parvenue à enfouir en partie au fond d'elle en quittant le Val-des-Seuls et en construisant sa vie familiale et professionnelle.

C'est à travers ses yeux, son quotidien, son emploi du temps et son regard à la fois appartenant tout à tour à ce village et à celui d'une étrangère que nous allons progressivement voir et vivre quelques semaines en compagnie des vivants et des morts de ce village. Chaque chapitre se fait l'écho d'une journée et, les répétitions de cette vie, de ce microcosme agaceront bon nombre de lecteurs ; s'ils ont suscité chez moi parfois un peu de lassitude, l'envie d'aller jusqu'au bout afin de savoir fut la plus forte. Savoir... Bien peu de choses car nulle enquête n'est réellement proposée, mais simplement d'en connaître un peu plus à la fois sur cette fratrie, leur famille au sens large et tous ces habitants de second plan mais qui s'emboitent dans l'histoire en donnant la vie, la fragilité du Val-des-Seuls.

De la même manière la carapace de Carole se fissure tout au long des chapitres. On découvre d'abord la fin de sa vie maritale, les manques et les absences puis, les non-dits et les questions qui poursuivent cette enfant que l'on dit si semblable à son père par certains côtés. Et Curtil, quand va-t-il arriver ? Pourra-t-il répondre à ses questions ?

 

Ce livre a été lu dans le cadre des Matchs de la Rentrée Littéraire organisés par Priceminister. Je lui attribue une note de 16/20 !

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5 novembre 2013 2 05 /11 /novembre /2013 20:20

http://static.decitre.fr/media/catalog/product/cache/1/image/9df78eab33525d08d6e5fb8d27136e95/9/7/9/1/0/9/2/0/9791092068092FS.gifMigne Mystique / Matthieu Dhennin. Imperiali Tartaro, 2013 (Collection Oria) . 336 pages.  

Eté 1409, dans un béguignage de la Flandre bourguignonne, une communauté de femmes vit dans le secret et à l'écart de la société. Elle rejette toute autorité civile ou religieuse. C'est dans ce contexte d'isolement et de crise théologique entre Avignon et Rome qu'une jeune novice, Mechtilde, découvre à ses dépens les règles strictes, autoritaires et sombres de la vie du béguinage. Non sans peur, elle enquête, malgré les menaces, au sein de sa nouvelle communauté pour comprendre ce qui s'y déroule et décrypter la migne mystique, entre crimes et châtiments.

 

Ce roman est présenté comme un thriller médiéval et la vision de la couverture m'avait confortée dans cette idée, tout comme les premiers chapitres où la mort pointe son nez : décès inexpliqué, monde du silence et des non-dits, univers clos et féminin où les membres du béguinage semble s'épier (pratique qui sera confirmée par la suite). Sans remettre en question, les qualités du roman à mon sens, ce terme de thriller est un peu exagéré, car je ne suis jamais parvenue à éprouver des craintes pour la vie de Mechtilde, même si...

Il est certain que les choses ne tournent pas ronds dans ce béguinage et l'accueil de la grande dame n'est pas fait pour arrondir les angles. Les secrets, les non-dits semblent grouiller de partout dans ce lieu, et le fait de nous y faire pénétrer en même temps qu'une novice est certes une excellente idée.

Tout comme le choix du lieu : le béguinage dont j'ignorais quasi tout, que j'assimilais à un ordre clos et dont la définition est un réel parallèle avec le ressentie de Mechtilde (comme celui du lecteur). Se situant aux limites du religieux et du civil, on retrouve bien l'opposition dans le comportement des personnes qui le composent : à la fois religieuses mais attachées à une passion : la peinture, la musique, la fabrication de la bière, la recherche en médecine, etc. 

Un lieu clos, des morts suspects, tout pourrait être dit, et alors l'assimilation à une enquête policière comme on en a déjà lu beaucoup pourrait être facile !

Mais l'auteur opte pour un autre choix et au travers de son roman, de son enquête (à première vue). Il n'omet pas le contexte historique, mais aussi, en profite pour nous rappeler la condition féminine en ce XVème siècle. Car, effectivement, même si on a tendance à l'oublier, c'est sans contexte la place de la femme qui crée ce roman. Le choix de Mechtilde, comme celui de ses soeurs est simple : ses droits sont inexistants, sa place dans la société se situe de manière bien inférieure à celle de l'homme. Et, en obtenant des avantages si minimes soient-ils, du fait de leur volonté de leur indépendance, les béguines suscitent convoitise, et mauvais regards.

En cherchant à sauver leur place, dans la quête d'un protecteur, en plein Concile de Pise, Matthieu Dhennin imbrique l'histoire dans l'Histoire. Même si cela se prête, j'ai trouvé parfois que des passages donnaient la sensation de digressions et longueurs. L'auteur ne fait pas étalage de ses recherches et connaissances, loin s'en faut, mais je pense que quelques coupes auraient pu apporter un peu plus d'élan à certains chapitres.

En dépit de ces travers à mes yeux, c'est un roman original qui m'a fait traverser des paysages magnifiques grâce à Bloemke et sa comparse, fait vivre une époque totalement en opposition avec mon mode de pensée, et dont la chute est somme toute inattendue.  Bien loin des standards, c'est le moins que l'on puisse dire, mais plus proche de l'exactitude historique.


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31 octobre 2013 4 31 /10 /octobre /2013 22:28

La jument verte / Marcel Aymé. Le Jument-verte.JPGLivre de Poche, 1966. 256 pages. 2*

Au village de Claquebue naquit un jour une jument verte, non pas de ce vert pisseux qui accompagne la décrépitude chez les carnes de poil blanc, mais d'un joli vert de jade. En voyant apparaître la bête, Jules Haudouin n'en croyait pas ses yeux, ni les yeux de sa femme. - Ce n'est pas possible, disait-il, j'aurais trop de chance. Cultivateur et maquignon, Haudouin n'avait jamais été récompensé d'être rusé, menteur et grippe-sou...

 

Le roman de Marcel Aymé était en bonne place sur les étagères familiales, mais je dois avouer qu'il prenait un tantinet la poussière depuis tout ce temps. L'envie de le découvrir et le Challenge de Fersenette, voilà ce qui m'a aidé à l'ouvrir et à lui faire prendre l'air ces derniers temps.

Comme bon nombre d'ouvrages connus / adaptés au cinéma, même si on ne les a ni vu, ni lu, la sensation de connaître le contenu ou au moins une idée générale, est trompeuse.

Là, je dois avouer que je partais avec de grandes lacunes et l'ouvrage ne m'ayant pas vraiment emballé, il risque fort de retourner dans les fonds oubliés.

Ce roman est avant tout un portait de moeurs de la fin du XIXième siècle, de la vie d'un village  et plus particulièrement de la famille Haudouin. C'est chez le père que va naître la jument verte. Cultivateur et maquignon il a tôt fait de comprendre les bienfaits qu'il peut retirer de cet étrange animal. Son esprit d'à-propos et ses ruses permettent à la famille de voir ses biens s'agrandir, une reconnaissance et des liens avec les politiciens qui le mène à voir naître pour son dernier fils des aspirations aux études et à devenir quelqu'un :; Ferdinand deviendra vétérinaire.

Cette brève partie n'est en fait qu'une introduction à la suite de l'ouvrage, une mise en bouche de ce qui va suivre : les aspects politiques, religieux, sexuels, relations familiales ... le tout traité avec ironie, audace dans les mots et les pensées des personnages. La jument morte qui trône dans le salon, vivante grâce à l'art d'un peintre, nous transmet son savoir sur la famille Haudouin et sur leurs us en matière de sexualité et leurs singularités.

Car tout en opposant les 2 frères : Honoré à la campagne et Ferdinand, versus ville, ce sont deux mondes que Marcel Aymé peint, deux modes de pensée. Le premier est plus libéré dans ses actes et ses mots, plus satisfait de son quotidien comme de sa famille, son seul bien avec ses bras puisque sa ferme et ses terres ne lui appartiennent plus. Ferdinand, présente l'aspect d'un refoulé sexuel - tentations confrontées aux interdits religieux -, immature, chez qui la peur d'absence de bienséance dans les mots, les actes provoquent des crises permanentes et minent son quotidien comme celui de sa femme et plus particulièrement celui de ses enfants.
Deux frères totalement distincts par bien des points.

Vient s'ajouter à cet héritage, la vieille rancune avec une autre famille de Claquebue, les Maloret pour qui le curé du village reste le maître à penser. Espérant des avantages politiques pour la future carrière de son  fils, Ferdinand entend que son frère soutienne la candidature pour la Mairie du père Maloret. Mais, Honoré ne l'entend guère de cette oreille et, raconte à son frère un des dernier secret de leur mère dont Maloret et lui-même furent les acteurs.

En voulant dépeindre à la fois cette vieille haine entre les deux familles, reconstitué à la fois le climat politique et la vie d'un village comme ses moeurs, brassé la sexualité des campagnes, des parents comme des enfants / adolescents, Marcel Aymé nous emmène dans une histoire biscornue, avec une prose parfois tendancieuse qui peut faire rire ou grincer des dents, mais une histoire un peu boiteuse à mes yeux, où le lecteur attend des événements graves qui n'auront jamais lieu.

Bref ce roman fut pour moi tout juste distrayant, mais n'a pas répondu à toutes les attentes qu'il portait.

 

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25 octobre 2013 5 25 /10 /octobre /2013 22:18

http://static.decitre.fr/media/catalog/product/cache/1/image/9df78eab33525d08d6e5fb8d27136e95/9/7/8/2/8/0/9/7/9782809709360FS.gifLe restaurant de l'amour retrouvé / Ogawa Ito. Roman traduit du japonais par Myriam Dartois-Ako. Editions Philippe Picquier, 2013. 243 pages.

Une jeune femme de vingt-cinq ans perd la voix à la suite d'un chagrin d'amour, revient malgré elle chez sa mère, figure fantasque vivant avec un cochon apprivoisé, et découvre ses dons insoupçonnés dans l'art de rendre les gens heureux en cuisinant pour eux des plats médités et préparés comme une prière. Rinco cueille des grenades juchée sur un arbre, visite un champ de navets enfouis sous la neige, et invente pour ses convives des plats uniques qui se préparent et se dégustent dans la lenteur en réveillant leurs émotions enfouies.
Un livre lumineux sur le partage et le don, à savourer comme la cuisine de la jeune Rinco, dont l'épice secrète est l'amour.

 

Non, Ogawa Ito ne surfe pas sur les plaisirs de la table, mais c'est cette voie que son héroïne a choisi. Au fil des pages, on découvrira comment, grâce à sa grand-mère elle a acquis les gestes et le goût des plats préparés avec amour par cette femme aujourd'hui disparu qui a su lui transmettre un savoir faire et un goût si immodéré de jouer avec les goûts et les textures afin de créer et se réjouir du plat présenté.

Pourtant tout semblait avoir mal commencé pour Rinco qui avait su trouvé un rebond auprès de cette grand-mère inconnue. Mais les événements de la vie, l'abandon de son petit ami la pousse une nouvelle fois à rebondir en prenant un chemin qu'elle avait occulté : rentrer auprès de sa mère avec pour seul atout : la jarre à saumure de sa grand-mère.

Tout le roman joue à la fois sur la simplicité et la délicatesse et une petite part de folie dans ce roman que j'ai trouvé magnifique. L'abandon et le retour à ses racines sont le point de départ de ce roman. Alors qu'elle économisait pour créer son restaurant et alors que tout s'écroule autour d'elle et en elle (elle en perd l'usage de la parole), Rinco décide de se lancer dans l'aventure et de créer : son restaurant, sa cuisine.

Bien entendu, sans ses amis, sa mère également en dépit de leurs relations tendues, sa connaissance de la région et des produits locaux, rien ne pourrait se faire. Mais sa force  primaire est cette seule volonté qu'elle a de se relever, de retrousser ses manches et de réussir à transmettre son seul bien être : la cuisine. Elle y met tant de coeur, elle sait si bien être à l'écoute des sentiments et des goûts de chacun que bientôt sa réputation de magicienne se propage dans les environs.

Non ce roman ne s'axe pas sur une future célébrité grâce à la magie et au savoir-faire, mais se fait le chantre des produits simples, de la communion d'une artiste avec ce que la nature lui donne et ce qu'elle a envie de transmettre.

Les pages sont succulentes et mettent l'eau à la bouche ou à défaut, la curiosité au bout des papilles.

Un texte magnifique avec en guise de conclusion assez inattendue, une ouverture sur les relations mères-filles.

Une très belle découverte.

 


  Rentrée Littéraire 2013 avec Babelio.com.

 

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20 octobre 2013 7 20 /10 /octobre /2013 22:17

http://ecx.images-amazon.com/images/I/31mz4Ha992L._.jpgLa route des petits matins / Gilles Jobidon. vlb éditeur, 2003. 138 pages. 4,5 *

La route des petits matins s’inspire du parcours initiatique d’un réfugié de culture sino-vietnamienne après la chute de Saigon. Entre autres personnages, on y trouve maître Wou, un maître de thé dont les enseignements sont illustrés de proverbes et de dictons qui puisent à une sagesse immémoriale très inspirante pour notre époque agitée

Tout au long du récit, le narrateur conserve pour le héros et sa culture une pudeur chargée de tendresse amoureuse. Le texte, empreint d’émotion et de poésie, utilise des tournures qui s’apparentent à la structure fleurie des langues asiatiques et donnent aux phrases une musicalité envoûtante.Écrite comme une longue lettre d’amour, La route des petits matins salue le courage, la solidarité, la détermination et la faculté d’adaptation des réfugiés, d’abord pour fuir leur pays, puis pour s’intégrer à une culture et à un climat diamétralement opposés à ce qu’ils ont auparavant connu.

 

Comme je l'ai souvent dit ici, la poésie et moi ne sommes pas les meilleures amies du monde. Donc, forcément, lorsque l'on me dit qu'un ouvrage va me parler de poésie, je tique un peu mais, lorsqu'une amie vous offre un roman vous avez forcément envie de l'ouvrir !

Alors je n'ai qu'un mot à dire : MERCI !

Ce texte est absolument magnifique, tout en étant prenant et émouvant puisqu'il raconte la recherche de liberté d'un jeune garçon sino-vietnamien. Tout lui est progressivement arraché : ses études, ses droits, sa mère et ses soeurs, son maître de thé, ses amis. Mais tout cela, nous allons le découvrir au fil de cours chapitres au style épistolaire. Nul plaidoyer, pas de recherche de bons sentiments, juste des faits que l'on apprend au fil des pages dans un style poétique qui magnifie à la fois les visages, souvenirs, faits du quotidien et les horreurs des vainqueurs, la peur, la fuite et l'espoir. Car oui, il règne en maître, se raccrochant à la beauté des mots, d'un sourire, d'un regard, des espérances d'un monde où la liberté sera le maître mot : "fleedom".

A mon tour, je ne peux trouver plus de mots pour évoquer ce texte attachant qui sait magnifier ces réfugiés  En quête d'un monde meilleur, bercés par les récits et magazines mais qui ignorent à quoi ils seront confrontés dans la réalité.

Saluons également la couverture de cet ouvrage qui m'a rappelée ma lecture si différente mais si poétique dans la peinture de cet héron "Le héron de Guernica"d'Antoine Choplin.     

 

L'initiatrice de cette lecture, Abeille, en parle ici. Merci pour cette découverte !

Un autre billet très parlant.

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13 octobre 2013 7 13 /10 /octobre /2013 17:22

http://static.decitre.fr/media/catalog/product/cache/1/image/165x250/9df78eab33525d08d6e5fb8d27136e95/9/7/8/2/2/4/6/8/9782246808718FS.gifLe quatrième mur / Sorj Chalandon.Grasset, 2013 325 pages. 4*

L'idée de Sam était folle. Georges l'a suivie. Réfugié grec, metteur en scène, juif en secret, Sam rêvait de monter l'Antigone d'Anouilh sur un champ de bataille au Liban. 1976. Dans ce pays, des hommes en massacraient d'autres. Georges a décidé que le pays du cèdre serait son théâtre. Il a fait le voyage. Contacté les milices, les combattants, tous ceux qui s'affrontaient. Son idée ? Jouer Anouilh sur la ligne de front.
Créon serait chrétien. Antigone serait palestinienne. Hémon serait Druze. Les Chiites seraient là aussi, et les Chaldéens, et les Arméniens. Il ne demandait à tous qu'une heure de répit, une seule. Ce ne serait pas la paix, juste un instant de grâce. Un accroc dans la guerre. Un éclat de poésie et de fusils baissés. Tous ont accepté. C'était impensable.Et puis Sam est tombé malade. Sur son lit d'agonie, il a fait jurer à Georges de prendre sa suite, d'aller à Beyrouth, de rassembler les acteurs un à un, de les arracher au front et de jouer cette unique représentation.
Georges a juré à Sam, son ami, son frère.Il avait fait du théâtre de rue, il allait faire du théâtre de ruines. C'était bouleversant, exaltant, immense, mortel, la guerre. La guerre lui a sauté à la gorge. L'idée de Sam était folle. Et Georges l'a suivie

 

J'ai beau aimer Sorj Chalandon, lorsqu'au détour d'une rencontre littéraire je l'ai entendu parler  de ce roman (que je venais d'acheter parce que c'était lui, sans avoir lu la moindre ligne), j'ai eu peur ! La guerre du Liban, monter Antigone en plein champ de bataille. Oups dans quoi allais-je m'embarquer ?

Mais voilà, Sorj Chalandon parlait et, même si mes craintes demeuraient j'écoutais, et je savais que ce livre j'allais le dévorer.

S'il n'a pas exercé la même fascination sur moi que La légende de nos pères ou Retour à Kiillybegs, je dois avouer que l'écriture et les mots de Sorj Chalandon dans ce roman ont su me toucher avec tout autant de force.

C'est bien souvent avec un poids au coeur que je tournais les pages, car même si l'auteur nous avait raconté la fin, si je connaissais bon nombre d'événements qui allaient se produire, je ne pouvais que suivre Georges qui essayait de respecter la promesse faite à Sam. Une folie, sa folie au milieu de celles des hommes qui s'entretuaient, se battaient pour un angle de rue. Tous ces hommes qui, par le passé avaient su vivre ensemble mais que la religion et la politique rendaient fous. Cela semblait une folie bien douce les miracles accomplis en amont par Sam avant qu'il ne puisse poursuivre son rêve terrassé par ses propres démons du passé. Alors en dépit de ce que je savais, je continuais à m'accrocher à l'espoir, à la vie de Georges en France, à sa femme et sa fille...

Le plus grand bruit de la guerre est le silence nous rappelle l'auteur, et il nous le fait ressentir dans le quotidien de son héros, soulignant le contraste du quotidien, de la vie, de ces amours impossibles ou devenus impossible lorsqu'on a vu trop de choses. Et, je n'ai pu m'empêcher de penser à Sorj Chalandon, journaliste, revenant à la vie quotidienne (comme ses confrères) et à sa quête de retour à une vie d'avant, avant la guerre, avant les morts, avant les massacres tels ceux de Sabra et Chatila, car comme il le dit ici et comme son personnage va le vivre, des morts sont sous ses yeux, mais le fait de prendre conscience qu'il s'agit d'un massacre vient plus tard (pour Georges par les détails atroces, pour Sorj parce que ses confrères lui donnent le mot) ; le quotidien est tel que la valeur de la vie, des événements s'avèrent totalement différent.

Plus qu'un témoignage, c'est bien un roman qu'on lit avec les espoirs de ceux qui ne connaissent pas la guerre, qui espèrent qu'il y a des bons et des méchants, mais la complexité de l'existence fait que tout n'est pas blanc ou noir. C'est déjà ce que Sam avait tenté d'expliquer à Georges et à ses amis dès les premières pages de ce livre, que je croyais avoir compris, mais la redite et mise en situation est salutaire pour tenter de ne pas oublier.

Un très beau roman, noir où l'espoir guette, même si....


  Rentrée Littéraire 2013

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Published by Uncoindeblog - dans Un peu de lecture
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6 octobre 2013 7 06 /10 /octobre /2013 19:30

Même si ces derniers mois, j'ai lu pas mal d'ouvrages considérés comme des classiques ou dont je croyais tout savoir sans jamais les avoir ouvert, tels que : 

- Le livre de la jungle / Rudyard Kipling

- Le cas étrange du Dr Jekyll et de M. Hyde / Robert Louis Stevenson

- Le Lion / Joseph Kessel

- Le Vent dans les saules / Kenneth Grahame

- Anna Karénine / Léon Tolstoï

- Lolita / Vladimir Nabokov

- Peter Pan / James M. Barrie

 

Le Challenge des lacunes organisé par Fersenette m'a fait de l'oeil et je vais donc poursuivre sur le chemin des lectures longtemps mises de côté ou plus ou moins abandonnées.


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Voici ma liste :


- Belle du seigneur / Albert Cohen,

- un roman de Colette, (l'un d'eux se promène depuis 1 an sur mes rayonnages)

- La jument verte / Marcel Aymé,

- Le nom de la rose / Umberto Eco,

- Le portrait de Dorian Gray / Oscar Wilde (oui un jour je vais le finir !),

- Les frères Karamazov / Dostoïeveski,

- Tess d'Uberville / Thomas Hardy

- Le vieil homme et le mer / Ernest Hemingway.

 

Je note que j'en ai encore bien d'autres à découvrir, mais ce sont les premiers qui me viennent en tête


 

D'autres se lancent dans l'aventure avec beaucoup plus d'ambition  que moi. Sont inscrits :

Yueyin, Cryssilda, Comète, Mazel, A_girl_from_Earth, Karine, Clara, Géraldine, Bene31, XL, Caroline, Liliba, Philisine Cave, Heide, Denis, Lystig.

 

 

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