Traduit de l'anglais (Canada)

Jeudi 10 septembre 2009
Un très grand merci tout d'abord à In Cold Blog !
(je sais que je vais avoir une remarque, mais tant pis) grâce à qui j'ai découvert ce livre et qui m'a signalée la présence de Joseph Boyden au Centre culturel canadien mardi dernier.

Lorsqu'Incoldblog me parle de cet auteur : gros blanc !!! Je me renseigne un peu car je dois aller rendre une petite visite à la librairie où travaille Emeraude pour d'autres emplettes.
4ème de couverture du "Chemin des âmes" : "Ce n'est pas un livre pour moi ! Cela parle de la 1ère Guerre mondiale, non vraiment. Et si je me laisais tenter par ses nouvelles "Là-haut vers le nord", cela m'inspire davantage. Pas sortie en poche, et comme je ne connais pas et que je ne vais pas prendre le temps de le feuilleter, trop occupée à papoter un peu :-D".
Bref je suis repartie avec le premier roman de Joseph Boyden ! Que vous dire ?

J'ouvre ce livre dimanche soir, après un week-end trèèèès fatiguant, et, en dépit de mes craintes, je ne parviens plus à m'en arracher alors que je sais qu'il me faut dormir.
La plume est là : des phrases courtes, mais si expressives. La nature est décrite avec une justesse que l'on pourrait croire qu'un film* se déroule devant vos yeux. Je suis conquise.
Bien entendu tout n'est pas idyllique dans ce roman, car là n'est pas le but ;  les scènes de combat, les sniper, les assauts tout est retranscrit avec un grand sens du détail, mais cela reste du réalisme sans volonté d'écoeurement. L'auteur a souhaité rendre hommage aux amérindiens qui sont venus combattre durant la Première Guerre Mondiale, et comme le dit un ami de Nishka, quelque soit leurs exploits, une fois de retour au pays, ils ne seront que des indiens comme les autres, ne tirant aucune gloire de leur courage. [Francis Pegahmagabow fut un de ces hommes, comme le rappelle l'auteur dans ses remerciements]
A travers l'errance de Xavier, ombre de lui-même sous la dépendance de la morphine, qui revit pour nous les épisodes vécus en France, et les événements de sa vie que lui raconte Niska afin de le rappeler à la Vie, on découvre la souffrance de ces amérindiens ; un combat qui commence dès le quotidien, mais qui n'empêche pas l'espoir d'être toujours présent.
J. Boyden nous rappelle la tentative d'acculturation vécue dès l'enfance, qui se traduit pour tous ceux qui résistent par l'isolement, la marginalisation.
 "(...) Encore une fois, Neveu, tu dois comprendre qu'en ce monde de peine, il faut les saisir à pleines mains, ces rares moments de bonheur qui nous sont concédés (...) " - Nishka, p. 213

"(...) Mais surtout, je dirai aux anciens comment, après un bombardement, la vie reprend son cours ordinaire, presque aussitôt, comment l'esprit ne tolère pas qu'on s'attarde sur l'horreur de la mort violente (...) " - Xavier, p.114

Que ce soit dans cette guerre de tranchées incompréhensible aux yeux des hommes qui bataillent pour une colline, une tranchée prise à l'ennemie etc... ou dans la volonté de détruire des hommes de culture et de vision différente, la volonté reste la même : une Guerre physique ou psychologique d'où bien peu vont réussir à sortir. Alors qu'Elijah semblait avoir remporté la bataille dans son pays, cet affrontement dans une terre inconnue le mène vers une folie autre mais qui l'empêchera de revenir dans sa patrie. Quasi orphelin, lui et Xavier sont frères, s'épaulent depuis l'enfance, mais en dépit de cette solidarité, il ira chercher trop loin "son bonheur" pour parvenir à revenir.

"(...) Je ramasse un bâton pour tisonner le feu ; je contemple la rivière qui passe devant nous, cette rivière qui nous emporte toujours plus loin dans les bois. Aujourd'hui encore, je reconnais à peine les lieux. Je tâche d'écarter cette pensée, la peur d'arriver là où nous n'étions jamais allés, mais elle continue de me tourmenter, comme un sale gosse qui nous lancerait des pierres depuis la rive (...)" - Nishka, p. 272

Au cours de la soirée de présentation de son nouveau roman "Les saisons de la solitude ", j'ai appris que ce livre était en fait le second volume d'une trilogie voulue par J. Boyden, qui souhaite néanmoins permettre à tout lecteur de lire indépendamment chacun des titres.
Pourquoi une trilogie alors me direz-vous ? Car on y retrouve les descendants de Nishka et Xavier et la notion de la solidarité familiale, la quête de l'amour au sens large, ainsi que les thèmes de l'isolement, la marginalisation, la perte de la culture, mais également que l'on sort plus fort de ses échecs (cf
supra).
Papillon a été conquise par ce second volet. Après avoir écouter l'auteur j''étais déjà tentée, mais les échos lus ici et là ne font qu'aggraver mon cas :s
cf * : Parlant toujours de son nouvel opus, J. Boyden a raconté qu'il voyait les scènes se déroulant à Toronto et New-York comme un film.



Le chemin des âmes / Joseph Boyden. Traduit de l'anglais (Canada) par Hugues Leroy. Albin Michel, Le Livre de Poche, 2008 . 471 pages
1919.
Nord de l'Ontario. Niska, une vieille Indienne, attend sur un quai de gare le retour d'Elijah, un soldat qui a survécu à la guerre. A sa grande surprise, l'homme qui descend du train est son neveu Xavier qu'elle croyait mort, ou plutôt son ombre, méconnaissable. Pendant trois jours, à bord du canoë qui les ramène chez eux, et tandis que sa tante essaie de le maintenir en vie, Xavier revit les heures sombres de son passé : l'engagement dans l'armée canadienne avec Elijah, son meilleur ami, et l'enfer des champs de bataille en France...
Par Uncoindeblog
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Dimanche 12 octobre 2008
De Niro's game / Rawi Hage. Traduit de l'anglais (Canada) par Sophie Voillot. Denoël et d'ailleurs, 2008. 262 pages
À Beyrouth-Ouest, Bassam et Georges, deux amis d’enfance, tuent leur ennui et leur mal de vivre à coups de petits boulots minables, de maigres larcins et de soirées trop arrosées. Les jours se suivent et avec eux les alertes, les morts, les immeubles en ruine. Les filles sont difficilement accessibles, muselées par les traditions et les couvre-feux. Entre deux visites aux copains de lycée engagés dans la milice, les deux jeunes gens s’imaginent coulant des jours meilleurs : Bassam rêve de fuir à l’étranger, et Georges, lui, se sent de plus en plus attiré par les discours belliqueux de la milice chrétienne.
Dans un ultime défi, les deux amis décident de détourner la recette de la salle de jeu où Georges travaille. Mais l’argent seul suffira-t-il à les éloigner de la guerre et à sauver leur amitié ? Porté par une écriture sans concessions, le premier roman de Rawi Hage annonce, au-delà de la puissance du récit, l’avènement d’un grand écrivain.
Très honnêtement, je suis très partagée en ce qui concerne ce livre. Le mois dernier, les avis pleuvaient et leur lecture transversale m'avaient fait entendre que les avis étaient très positifs. Je viens d'y revenir et prends conscience que, fort heureusement, le ressenti de tous n'est pas unanime et que même ceux qui l'ont aimé apportent parfois des nuances dans lesquelles je me retrouve - Ouf ! -
Je trouve très courageux de la part de l'auteur de nous faire partager le quotidien des libanais, même s'il ne s'agit que de quelques mois et que nous n'avons pas toutes les clés pour répondrent à nos questions. Là n'est pas le but ! Il ne s'agit en aucun cas d'un documentaire, mais il m'a permis de me remémorer ces titres des 20H00 des années 80 et d'une guerre dont je ne parvenais pas à comprendre grand chose ! Et c'est malheureusement, aujourd'hui encore, le cas. Certains comme moi se souviennent, tous sans doute avons-nous entendu parler de cette guerre ou du massacre de Sabra et Chatila, sans parvenir à savoir pourquoi. Je vous laisse aller lire cette page, afin de revenir au coeur de l'ouvrage.
En effet, Beyrouth, ses bombardements et sa vie quotidienne sont au coeur de la vie de nos deux personnages principaux : Georges et Bassam. Ils sont amis, jeunes et cherchent en dépit de tout à vivre comme tous les autres adolescents, une certaine "fureur de vivre" liée à l'influence des films américains de ces années dont se sert Rawi Hage avec finesse mais également avec la brutalité ordinaire de ces films qui nous laissent mal à l'aise, mais qui sont sans conséquences pour nous, assis dans notre fauteuil. Pour ces jeunes tout est différent car il s'agit du quotidien : les fous de guerre sont là, l'alcool, la drogue, les anarques et la mort au coin de la rue ou directement chez soi lorsque les bombes explosent à votre domicile, le dévastant et tuant un à un ses habitants. Comment réagir ? Quel espoir peut-il vous rester lorsque votre quotidien, vos amours et vos pas sont accompagnés de violence, que vous ne vous déplacez plus sans une arme à feu ?
C'est une spirale sans fin que l'auteur nous rappelle via ces mots : "Les bombes pleuvaient et moi (...) . Dix milles bombres s'étaient abatues sur Beyrouth, cette ville surpeuplée, et moi (...) Comme un refrain, cette phrase revient, se transforme, mais pour mieux nous faire sentir la sensation de puits sans fin, l'inexorable, le tourbillon de la vie, du quotidien ...
Autant j'ai trouvé certains passages excessivement forts et beaux, autant je me suis perdue parfois dans le cheminement des personnages : la vision de Bassam de Paris au travers de ses souvenirs de cours d'histoire m'a particulièrement génée, par exemple (dernière partie de l'ouvrage d'où ce souvenir plus frais alors qu'il n'est qu'anecdotique).
Oui les scènes de violence sont difficiles, insupportables, mais je crains que cela ne soit qu'une toute petite facette de la vie vécue par les libanais - et d'autres villes ou pays devant souffrir de guerre civile ou d'invasion -
Ce roman n'est certainement pas simple à appréhender pour toutes ces raisons mais il n'en reste pas moins un livre intéressant et un auteur aux mots justes. Je susi très curieuse la suite de ces écrits, car je vous le rappelle, il s'agit là d'un premier roman.

Merci à Violaine  de Chez les filles et aux éditions Denoël
Par Uncoindeblog
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