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9 décembre 2012 7 09 /12 /décembre /2012 21:50

http://static.decitre.fr/media/catalog/product/cache/1/image/9df78eab33525d08d6e5fb8d27136e95/9/7/8/2/8/4/1/1/9782841116409FS.gifLa dernière conquête du major Pettigrew / Helen Simonson. Traduit de l'anglais par Johan-Frédérik Hel Guedj.Nil Editions, 2012. 493 pages. 4*

À Edgecombe St. Mary, en plein coeur de la campagne anglaise, une tasse de thé délicatement infusé est un rituel auquel, à l’heure dite, le major Ernest Pettigrew ne saurait déroger pas plus qu’à son sens du devoir et à son extrême courtoisie, aussi désuète que touchante, qui font de lui l’archétype même du gentleman anglais : raffiné, sarcastique et irréprochable. Dans ce petit village pittoresque où les cottages le disputent aux clématites, le major a depuis trop longtemps délaissé son jardin.
Désormais veuf, il a pour seule compagnie ses livres, ses chers Kipling, et quelques amis du club de golf fuyant leurs dames patronnesses. Ce n’est guère son fils, Roger, un jeune londonien ambitieux, qui pourrait le combler de tendresse. Mais, le jour où le major apprend le décès de son frère Bertie, la présence douce et gracieuse de Mme Ali, veuve elle aussi, va réveiller son coeur engourdi. Tout devrait les séparer, elle, la petite commerçante d’origine pakistanaise, et lui, le major anglais élevé dans le plus pur esprit britannique.

 

J'avais entendu beaucoup de bonnes critiques concernant cet ouvrage et j'étais donc curieuse de me rendre compte par moi-même. Le billet de Cryssilda m'avait fait rire devant son prequ'écoeurement de britisherie :) .

Effectivement, au fur et à mesure de la lecture on retrouve bon nombre de clichés qu'on pourrait penser un peu abandonné, mais ayant fait l'expérience de la France rurale et provinciale par le biais de ma famille, je suis certaine que si un auteur écrivait certains traits que l'on pourrait croire abandonner depuis belle lurette, des lecteurs étrangers pourraient croire à une exagération. Bien entendu, je pense qu' Helen Simonson a parfois un peu forcé le trait, mais, sans doute pour le plus grand plaisir du lecteur ou simplement afin de mieux rebondir dans les situations les plus extrêmes.

Prenons le cas de notre personnage principal : agaçant de prime abord, le major Pettigrew va progressivement laisser tomber le masque. Sous sa façade très militaire et conventionnelle, on découvre l'homme qu'il fut par le passé par les brefs retours en arrière du temps de sa rencontre avec son épouse, de leur tendresse et de leur entente comme de leurs désaccords concernant leur fils. Mais ces atouts concernant cet homme nous seront distillés avec parcimonie et grâce à la relation qu'il crée avec Mme Ali, la commerçante pakistanaise.

Oui bien entendu la jeunesse fait cruellement défaut à ce village (rares exceptions sur lesquelles je reviens dans quelques instants), mais c'est pour mieux nous plonger dans les travers de cette micro société bien pensante, vivant quasi en autarcie et sur ses idéaux passés. Les étrangers sont accueillis, représentés en cela par la boutique du couple Ali, pakistanais d'origine, qui se fondent dans le paysage campagnard, et les micro habitudes des habitants. Ils font partie des meubles, on les ignore, ils rendent service, mais ne peuvent prétendre s'élever dans la hiérarchie de Edgecombe St. Mary, pas plus que ce couple plus huppé : il est médecin, mais ni lui ni son épouse ne peuvent modifier la hiérarchie de ce club privé dont le village tout entier semble faire partie (marque de reconnaissance publique).

Quant aux jeunes qui abordent ce village, on ne peut pas dire qu'ils soient mieux traités que les anciens.

Le fils du major Pettigrew est déplaisant à souhait ; il m'a tout de suite donné envie de le gifler ou de lui administrer quelques coups de pieds aux fesses. La caricature se poursuit avec son amie américaine, comme avec le neveu de Mme Ali ou avec la nièce du Lord du lieu.

Ainsi que je vous le disais le trait est forcé afin de mieux faire rebondir l'action et certains passages sont plus bondissants que d'autres.

Quant à la relation du Major Pettigrew et de Mme Ali, elle se joue en finesse. Elle permet bien entendu de montrer qu'en dépit de l'âge des protagonistes on échappe pas aux amis ou à la famille bien pensante, quelque soit la condition sociale dont on est issu. Nos deux protagonistes sont tendres et malhabiles à l'image parfois de deux adolescents et leur expérience passée leur permettra néanmoins d'aller au-delà de toute convention, d'échanger. Rencontre amoureuse mais également de deux solitudes et deux amoureux de la littérature. Mme Ali est un beau portrait de femme : intellectuelle malmenée par la vie, prise entre deux feux de par son éducation et son respect des traditions familiales qui semble se retrouver, une nouvelle fois dans sa vie, confrontée à ces sempiternelles oppositions.

Un livre agréable qui m'a paru parfois maladroit ou un peu long sur certains passages, mais dont j'attendais la chute.

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Published by Uncoindeblog - dans Traduit de l'anglais
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