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14 décembre 2013 6 14 /12 /décembre /2013 06:52

http://decitre.di-static.com/media/catalog/product/cache/1/image/9df78eab33525d08d6e5fb8d27136e95/9/7/8/2/3/3/0/0/9782330022600FS.gifKinderzimmer / Valentine Goby. Actes Sud, 2013. 218 pages. 4*

En 1944, le camp de concentration de Ravensbrück compte plus de quarante mille femmes. Sur ce lieu de destruction se trouve comme une anomalie, une impossibilité : la Kinderzimmer, une pièce dévolue aux nourrissons, un point de lumière dans les ténèbres. Dans cet effroyable présent une jeune femme survit, elle donne la vie, la perpétue malgré tout. Un roman virtuose écrit dans un présent permanent, quand l'Histoire n'a pas encore eu lieu, et qui rend compte du poids de l'ignorance dans nos trajectoires individuelles.

 

La perspective de nourrissons dans ces camps de la mort me donnait le frisson et, en dépit de la finesse de la présentation de son ouvrage, de toutes les remarques formulées au cours d'un débat, j'ai eu beaucoup de mal à me décider à prendre ce livre. (En fait j'avais mal compris les propos tenus ce soir-là ; j'avais entendu que c'était l'enfant qui relatait dans le moindre détail ses perceptions et, j'avais du mal à pouvoir imaginer cela. Valentine Goby parlait en fait de son héroïne).

Les premières pages (pas le prologue) m'ont laissée dubitatives. Les phrases me semblaient obscures. Les mots isolés. Je ne comprenais pas. Et puis, et puis... je suis entrée dans ce roman pour finalement ne pas l'abandonner, comprenant mieux ces primes hésitations une fois l'ensemble lu. Comme quoi, j'ai parfois raison de m'obstiner à vouloir lire les livres jusqu'au bout.

Alors oui ce livre parle d'un camp de concentration, mais il parle avant tout d'une femme. De son regard, de tout ce qui la raccroche à la vie, de ses moments d'égarements devant ce monde inconnu loin de tout ce qu'elle connaît, de cet apprentissage de mots dans une langue étrangère, dans une violence dont elle ignorait tout et qui explique un début chaotique que j'ai eu bien du mal à appréhender. Car non contente de nous présenter son personnage et son arrivée au camp, Valentine Goby nous restitue les images, les mots et les sensations de Mila. Son monde a disparu et elle doit tout réapprendre ou simplement découvrir. Mais dans cet univers carcéral, elle n'est pas / plus seule. D'autres femmes, plus jeunes, plus vieilles, sans âge... juste dans le même espace qu'elle, dans un même enfer et qui tente de survivre à l'enfer si proche et si réel.

Mila est presque sans âge. Elle a agi, jusque-là, quasi par automatisme : elle s'est raccrochée à sa cousine dans son enfance, au cryptage des messages et elle se retranche en elle-même, sur son secret, son enfant qu'elle dissimule non par honte, mais pour le sauver. Devant l'horreur, elle apprend les gestes, les odeurs, savoure un rayon de soleil, un sourire, un souffle d'haleine qui réchauffe et un chien qui ne la mord pas. Aucune réponse, simplement des faits.

Et puis, ... son fils qui naît

Cette Kinderzimmer où les petits sont entassés, où le temps leur est compté.

Sa lutte reprend inlassablement alors que le souffle des enfants est si faible qu'il peut à tout moment s'éteindre comme une bougie, ces vieillards à peine nés qui ne savent pas crier.

Comme Mila, on espère, on s'accroche à ses choix si peu nombreux, parfois dangereux, elle qui erre dans cet univers où l'être humain tient si peu de place.

 

L'avis de Stephie.

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Published by Uncoindeblog - dans Un peu de lecture
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commentaires

Karine:) 15/12/2013 21:44


Ça me fait quand même un peu peur, en fait... je ne suis pas certaine que ce soit pour moi.  Glaçant...

Uncoindeblog 19/01/2014 17:19



C'est exactement la sensation que j'avais de prime abord Karine:) mais c'est très étonnant.