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17 janvier 2010 7 17 /01 /janvier /2010 19:30
http://www.decitre.fr/gi/97/9782848761497FS.gifFille noire, fille blanche / Joyce Carol Oates. Traduit de l'anglais (Etats-Unis) par Claude Seban. Philippe Rey, 2009. 378 pages. 3*
Elles se rencontrent au coeur des années soixante-dix, camarades de chambre dans un collège prestigieux où elles entament leur cursus universitaire.
Genna Meade, descendante du fondateur du collège, est la fille d'un couple très " radical chic ", riche, vaguement hippie, opposant à la guerre du Vietnam et résolument à la marge. Minette Swift, fille de pasteur, est une boursière afro-américaine venue d'une école communale de Washington. Nourrie de platitudes libérales, refusant l'idée même du privilège et rongée de culpabilité, Genna essaye sans relâche de se faire pardonner son éducation élitiste et se donne pour devoir de protéger Minette du harassement sournois des autres étudiantes.
En sa compagne elle voit moins la personne que la figure symbolique d'une fille noire issue d'un milieu modeste et affrontant l'oppression. Et ce, malgré l'attitude singulièrement déplaisante d'une Minette impérieuse, sarcastique et animée d'un certain fanatisme religieux. La seule religion de Genna, c'est la piété bien intentionnée et, au bout du compte inefficace, des radicaux de l'époque. Ce qui la rend aveugle à la réalité jusqu'à la tragédie finale.
Une tragédie que quinze ans - et des vies détruites - plus tard, elle tente de s'expliquer, offrant ainsi une peinture intime et douloureuse des tensions raciales de l'Amérique.

Deux jeunes femmes des années 70 que le système américain (diligenté par des blancs) de cette période souhaiterait rapprocher. Genna semble en être l'archétype même : enfant de "gauchistes", idéalistes et se voulant quelque peu hippies ; des parents qui ont tenté de donner leurs convictions, tout en évitant soigneusement les faits, actes qui dérangent. Mais si Genna semble la parfaite petite fille de l'Amérique prête à s'ouvrir aux autres, et plus particulièrement à cette jeune femme boursière, première de sa famile à poursuivre des études universitaires, elle n'en reste pas moins une enfant qui n'assume pas encore ses choix. En voulant par trop se rapprocher du modèle attendu par ses parents, son historique famille, elle devient agaçante dans ses décisions, attitudes, dans la culpabilité de ses ascendants, celle de ses parents et l"image lisse et correcte qu'elle doit donner d'elle-même.
De la même manière elle attend et tous ceux qui l'entourent, que Minette réponde à l'image et aux idéaux qui se forgent autour de cette enfant noire. Tous, dans un pur esprit de culpabilité, cohabitant avec la peur d'être jugé raciste vont admettre que Minette n'est pas différente d'eux.
Mais dans le cas présent, il ne s'agit pas seulement d'une couleur de peau, mais de la possibilité pour un être humain de parvenir à s'adapter dans un contexte différent de celui dans lequel il a été bercé jusque là.
Peut-être existe-t-il d'autres problèmatiques propres à Minette qui peuvent expliquer son comportement, mais nous n'en saurons pas plus.

En tout cas les deux personnages principaux m'ont semblé horripilants avec la bonne conscience de l'une et les "Par-don" de l'autre, son insolence et son manque de maturité tout simplement.
Le récit est écrit dans un style se voulant le "texte" a posteriori de Genna et, ce style narratif m'a parfois gêné. Un sentiment de texte haché que j'ai eu parfois du mal à poursuivre , sans oublier mon manque de compassion pour ces fille noire, fille blanche. Genna transpose sa version des faits et images du passé afin de nous permettre d'appréhender ce que fut son éducation et surtout de voir sous un autre jour, ses parents. Une version nous amenant à la mort de Minette, qu'elle a tu en son temps, pertubée par les différents éléments qui se sont confrontés durant cette année scolaire : relations familiales, bouleversées jeune femme noire rebelle et ne répondant en rien à l'image idéale... Une totale remise en question d'elle-même et de sa famille qui, sans les pertubations engendrées par Minette et son comportement n'auraient pas entrainé Genna sur cette voie, au moins pas à cet instant précis de sa vie.
Elle doit à Minettte une certaine forme de liberté et de souffrance, d'être devenue ce qu'elle est tout en conservant sa dépendance à son père sous une autre forme. Néanmoins les rôles, dans une certaine mesure, se sont inversés. Ce n'est plus son père qui tait des faits, mais bien elle, au moins jusqu'à ce jour....
 


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commentaires

Leiloona 18/01/2010 05:14


Ce fut mon premier (et pour l'instant le seul) de cet auteur. J'ai vraiment aimé ce roman plus complexe qu'il n'en a l'air. Une réussite pour moi. :)


Uncoindeblog 20/01/2010 20:18


Je ne suis pas totalement satisfaite de ma lecture, mais au vu des critiques élogieuses concernant Oates, je vais en tenter un autre.