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19 septembre 2012 3 19 /09 /septembre /2012 06:11

http://static.decitre.fr/media/catalog/product/cache/1/image/9df78eab33525d08d6e5fb8d27136e95/9/7/8/2/8/6/2/6/9782862607085FS.gifAu coeur des ténèbres suivi de Un Avant-poste de progrès / Joseph Conrad. Nouvelle traduction de Odette Lamolle. Aditions Autrement, 1997 (Littératures).168 pages. 3*

C'était devenu une région de ténèbres. Mais il y avait tout particulièrement en son cœur une rivière, une grande rivière puissante, que l'on pouvait suivresur la carte, semblable à un immense serpent déroulé, avec sa tête dans la mer, son corps au repos s'incurvant indéfiniment sur une vaste contrée, sa queue se perdant dans les profondeurs du pays. Et tandis que je la contemplais sur une carte à la devanture d'un magasin, elle me fascina, comme un serpent fascine un oiseau. Je me souvins alors qu'il y avait un gros comptoir, une compagnie commerciale, sur cette rivière. Que diable ! pensai-je, ils ne peuvent faire du commerce sans utiliser des bateaux d'un genre quelconque sur toute cette eau douce des bateaux à vapeur ! Pourquoi ne pas essayer de m'en faire confier un ? Je continuai mon chemin dans Fleet Street, mais je ne pus me débarrasser de cette idée. Le serpent m'avait envoûté. " On comprend qu'Au cœur des ténèbres ait plus d'une fois attiré des hommes de cinéma, comme Francis Ford Coppola et Joël Jouanneau. Le livre côtoie certains grands mythes universels. La remontée du fleuve par le petit vapeur que commande le narrateur Marlow est une descente aux enfers. L'ensemble du voyage est une quête." Sylvère Monod.

 

De prime abord j'ai eu beaucoup de mal à lire les premières pages de cette longue nouvelle, car c'est une histoire racontée par le capitaine Marlow (double de l'auteur) qui va nous faire pénétrer au coeur du récit. Mais avant cela, les quelques pages de descriptions du voilier de croisière m'empêchaient de saisir quand l'attente allait se terminer. Du coup, je n'ai trouvé réellement satisfaction qu'une fois, le futur capitaine en quête de son engagement. Enfin il obtient son "affectation" et commence, à défaut de la remontée du fleuve, une lente descente aux enfers que nous retrouveront, avec les jours qui s'écoulent, lentement, dans "Un avant-poste de progrès". Dans ces deux nouvelles, on retrouve une critique de l'impérialisme et du colonianisme, mais avant tout une réflexion sur la nature humaine.

L'homme blanc, dominateur et puissant, n'en reste pas moins homme déraciné - tout comme ces africains que l'on expatrie vers d'autres terres et qui se retrouvent incapable de se nourrir correctement - et qui face à la solitude ne sait plus se comporter comme il le devrait. Tombe dans les pires travers par l'appat du gain, susceptible de tuer ou laisser tuer l'homme qui le côtoie quelque soit sa couleur de peau, du moment que cela lui rapporte quelque chose.

La folie guette chacun, les malversations de Kurtz si décriés soient-elles permettent à la compagnie de s'enrichir, mais son influence et son rendement sont tels que les instances attendent sa chute de la manière la plus radicale possible.

Joseph Conrad ne manque pas d'un certain humour dans son rendu du récit ; humour grinçant, cela va sans dire, puisque sur ce chemin la mort guette à chaque instant. Ses pélerins sont munis de fusils dont ils semblent ignorer la bonne utilisation et alors même qu'un coup de sifflet est apte à repousser les attaquants, la peur et la panique les fait utiliser leurs armes ce qui engendre un épais brouillard manquant de faire échouer la péniche.

Même si en raison de la forme (des nouvelles), je n'ai pas été totalement conquise, j'ai néanmoins été intéressée par les idées et la manière qu'à eu J. Conrad de présenter ce qui reste la transposition de son expérience (6 mois sur l'un des vapeurs circulant sur le Congo), de son état d'esprit concernant l'exploitation des richesses et des personnes.

Une découverte à confirmer.

 

Pour un billet beaucoup plus complet, voir L'or des livres,

Frogs - VFAL

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Published by Uncoindeblog - dans Traduit de l'anglais
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commentaires

le Merydien 21/09/2012 21:41


Une histoire mainte fois reprise et déclinée sous forme de films , bd, theatre, roman. Un chef d'oeuvre à relire régulièrement pour ne pas devenir des Kurtz.

Uncoindeblog 30/09/2012 20:05



Oui je n'avais pas tilté avant d'aller lire la postface que, notamment, le film avec Klaus Kinski y faisait référence.