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Nouvelles du disque-monde / Terry Pratchett.Traduit de l'anglais par Patrick Couton. L'Atalante, 2011. 124 pages. 4*
"Les nouvelles me coûtent sang et eau.
J'envie ceux qui les écrivent avec facilité, du moins ce qui ressemble à de la facilité. Je serais étonné d'en avoir écrit plus de quinze dans ma vie". Voici le premier livre réunissant
l'ensemble des nouvelles de Terry Pratchett qui appartiennent au corpus du Disque-monde. On y retrouve avec jubilation les mages de l'Université de l'Invisible, la Mort, les sommités
d'Ankh-Morpork, les sorcières de Lancre, le Guet et même Cohen le Barbare.
Un recueil de nouvelles et comme souvent on trouve de l'excellent et des nouvelles parfois un peu décevantes non pas au niveau de l'imaginaire mais au niveau de la durée de l'intrigue et de tous les éléments qui pourraient enrichir le contenu.
Les deux nouvelles qui dominent ce recueil sont les plus longues car, ainsi que je viens de l'indiquer, elles permettent à l'auteur de jouer avec son imaginaire, avec humour des situations et des personnages, détournant comme il est souvent de bon ton chez Terry Pratchett des personnages connus ou tournant en dérision ces vilains.
C'est donc "La mer et les petits poissons" & "Drame de Troll" qui m'ont enchanté.
La première nouvelle relate l'histoire de sorcières et plus particulièrement les relations entre Mémé CireduTemps et Nounou Ogg. Leur relation et leurs différences sont déjà fort peu communes mais quant 3 autres mimant les humains viennent indiquer à Mémé CireduTemps qu'il serait temps de passer la main en quelque sorte pour le grand concours des sorcières, le résultat devient tordant. Je vous laisse imaginer Mémé CireduTemps faisant preuve d'amabilité ! Les voisins humains prennent peur et sont persuadés qu'elle leur a jeté un sort c'est certain sinon pourquoi leur aurait-elle parlé ? Mais quand il s'agit des autres sorcières qui se précipent sur les amulettes et autres colifichets (je vous épargne tous les détails) le sourire s'affiche sur le visage du lecteur.
Dans "Drame de Troll", nous retrouvons ce pauvre Cohen le Barbare ! Mais oui, c'est bien lui vous l'avez reconnu, tout comme ce Troll avec qui il est venu en découdre au seuil de sa vie, se remémorant les paroles de son père. Mais la situation n'est plus vraiment celle du passé. Le pont gardé par le troll n'en finit pas de s'effondrer, sa femme ne croit plus en lui. Ses beaux-frères se sont ralliés à la vie moderne et pour s'en sortir il doit travailler. Que croyez-vous que Cohen le Barbare va bien pouvoir faire ? Une chose est certaine son cheval (acheté aux enchères d'un mage à son corps défendant) n'a pas fini de lui en parler et de lui remémorer ses erreurs et son âge.
Bref ne serait-ce que pour retrouver ces deux pépites, je ne peux que vous encourager à feuilleter ce petit ouvrage.
La vie sexuelle des super-héros / Marco Mancassola. Roman traduit par Vincent Raynaud. Gallimard, 2011. (Du Monde entier). 545 pages. 2,5*
A New York, au début du XXIe siècle, les super-héros sont fatigués : Superman, Batman et les autres ont raccroché les gants, ils sont devenus des hommes et des femmes d’affaires à succès, des
vedettes des médias et du spectacle, et ont tous renoncé à leurs super-pouvoirs.
Dès lors, qui peut bien vouloir les éliminer un par un ? Car après Robin, l’assistant et ancien amant de Batman, un mystérieux groupe de tueurs menace d’autres cibles. Comme ce dernier, Mister
Fantastic et Mystique reçoivent eux aussi d’étranges messages d’adieu, et il semble bien que ce soit dans leur vie privée et leurs comportements sexuels qu’on veuille les frapper. Le détective
Dennis De Villa mène l’enquête, tandis que son frère Bruce, journaliste, couvre les événements.
Mais ne faut-il chercher ailleurs, quelque part dans leur enfance commune, ce qui les relie à ces super-héros si fragiles ? Vaste fresque post-11 Septembre, le roman de Marco Mancassola est le
récit mélancolique et crépusculaire de la fin d’un monde, celui des super-héros, et de celle d’une civilisation, incarnée pendant des décennies par les Etats-Unis. Une civilisation qui est aussi
la nôtre.
Un titre qui se voulait sans doute accrocheur pour une pseudo enquête policière et/ ou journalistique. En y ajoutant la notion de super héros et du monde des média, voilà qui semble faire beaucoup pour un seul livre, me direz-vous ? Et bien je vous le confirme.
L'ouvrage en 5 chapitres tout à fait inégaux par leur taille et leur qualité n'a trouvé son souffle, à mes yeux, qu'au troisième avec l'histoire de la famille De Villa racontait par le biais de Bruce, le journaliste, qui nous imisce à la fois dans l'existence d'une famille originaire d'Italie, pauvre et fraîchement débarquée en Amérique et dont les deux enfants découvrent les super héros des Etats-Unis au fait de leur gloire, collectionnant sans relâche les articles les concernant. Mais ce qui pourrait sembler insignifiant finit par ne pas l'être tant que cela, et est au centre de l'histoire policière et meurtrière à laquelle nous convie l'auteur. Ce chapitre m'a permis de m'intéresser enfin au roman dont les premiers épisodes ne semblaient être présents que pour montrer 2 anciens héros cheminant vers leurs chutes finales ; une fin de vie pas si banale mais peu intéressante, qui rend la lecture en dépit des détails se voulant croustillants parfois plus que rébarbatifs réellement à l'image des deux personnages qui ont perdu leur aura. La tournure de ces chapitres initiaux semblent également être rédigés pour justifier le titre de l'ouvrage qui, nous le découvritons ensuite, sera le titre choisi par un ancien médecin des super héros avide de succès et de reconnaissance grâce à un ouvrage où il relate la sexualité ou tous les éléments un peu scabreux qu'il a pu glâner au gré de ses suivis médicaux. Pour un peu, on pourrait croire que les deux chapitres précédemments décriés sont réellement ceux rédigés par ce docteur ressemblant par certains traits à Silvio Berlusconi, un homme qui à force de se faire lifter devient inimitable, même pour l'époustouflante Mystique !
Une Mystique qui, à l'image d'autres super héros a choisi de se tourner vers les feux de la rampe afin de conserver une reconnaissance, un statut, même si son cas reste différent de celui des autres super héros déchus. C'est un beau portrait de femme qui est fait là, celui d'une personne qui ne sera jamais parvenue à trouver sa place dans la société, quelle qu'elle soit : aussi bien celle des super héros, que des hommes.
Bref des qualités certaines dans le choix du sujet, dans les relations du pouvoir et des media mais qui n'en font nénamoins pas un super bouquin car la chute arrive sans réelle logique. L'identité du meurtrier m'a semblé évidente à la lecture du chapitre de Mystique, mais concernant ses tenants et aboutissants, comme sa force de persuasion vis à vis du meurtrier de Superman, le scepticisme est de mise. L'ouvrage aurait pu être détonnant, drôle et original mais retombe comme un soufflé.
Des avis ici, Amanda Meyre,
La tyrannie de l'arc-en-ciel. 1. La route du Haut-Safran / Jasper Fforde. Traduit de l'anglais (Royaume-Unie) par Patrick Dusoullier. Fleuve Noir, 2011. 588
pages 4*
Bienvenue dans la Chromocratie ! Ici, les citoyens sont normaux, à la différence près qu'ils naissent Gris, Jaunes, Verts, Bleus, ou encore Rouges en fonction des couleurs qu'ils distinguent.
Le rôle de chacun dépend justement de cette singularité. Les Pourpres accèdent aux postes les plus agréables tandis que les Gris, incapables de discerner les nuances éclatantes, sont traités en
esclaves. Et comme dans toute tyrannie digne de ce nom, les autorités veillent à ce que cet ordre soit respecté ! Edward Rousseau est un jeune homme Rouge sans histoire, promis à un bel avenir.
Jusqu'au jour où un compagnon rencontré par hasard dans un train disparaît, dans l'indifférence la plus totale.
Dès lors, de mystérieux incidents l'interpellent : on lui confisque ses papiers, il apprend que le médecin de la ville est mort dans des circonstances étranges... Sa rencontre avec Jane, une
Grise effrontée au nez exquis, va confirmer ses soupçons : ces événements cachent une vérité effrayante. Qui réussira à la révéler sans y perdre la vie ? Fidèle à son style unique en son genre,
Jasper Fforde explore les limites de l'imagination pour nous offrir un récit drôle, haletant et délicieusement subversif.
Voici la nouvelle trilogie de Jasper Fforde et même sans être une spécialiste de l'auteur, je suis certaine que si vous avez aimé les précédents ouvrages, vous ne devriez pas vous ennuyer avec ce premier volume où l'on retrouve bon nombre d'éléments de la même veine que dans les aventures de Thursday.
C'est dans une civilisation qui semble bien incongrue que l'auteur nous entraîne. Novatrice ? Pas tant que cela en y réfléchissant bien. J'ai même l'impression que grâce à son jeu de couleurs issues de l'arc-en-ciel, Jasper Fforde s'en donne à coeur joie à évoquer le racisme primaire que l'on rencontre tous les jours. Mais il n'y a pas que la couleur qui entraîne cela, la cupidité, l'avidité du pouvoir aident ces citoyens à ne pas frayer avec de plus basses castes. Plus vous montez dans la hiérarchie des couleurs et moins vous semblez être capable de vous pencher sur votre prochain ou simplement de réfléchir par vous-même. Alors oui bien entendu, il existe toujours des exceptions, mais dans ce royaume de l'absurbe, de la folie et des couleurs, nul ne doit se placer en dehors de ces prérogatives, de ces droits établis et ne doit montrer à ses supérieurs en couleurs qu'ils sont moins intelligents ou moins pertinents que la couleur qui leur a été attribuée ne le laisse supposer.
Mais ces éléments ne sont qu'une partie de l'histoire, car, comme de bien entendu d'autres histoires s'imbriquent à la suite du quotidien que nous découvrons au travers du regard et de l'histoire d'Edward Rousseau : un rouge qui pourrait bien permettre à sa famille de revenir au niveau social qui fut le sien avant qu'un ancêtre au fi de tous n'épouse une grise, perdant crédibilité et basculant dans le bas de la hiérarchie. L'histoire d'Edward se voit confrontée à des décès mystérieux dont le premier réside dans celui du "médecin" que son père va remplacer dans ce trou paumé loin de leur ville d'origine. Sur le chemin qui les emmène, la maladie/décès d'un gris travesti dans une autre couleur bouleverse leur quotidien et plus particulièrement lorsque son regard croise celui de Jane, grise insolente et vindicative qui n'aura de cesse que de tenter de l'assassiner, mais grâce à qui il va progressivement ouvrir les yeux et essayer de comprendre pourquoi de grands bonds en arrrière ont fait basculer ce peuple vers des interdits quasi incompréhensibles et pourquoi certains disparaissent de manière un peu inattendu ! Et oui, car sous le couvert de l'absurbe de sombres sujets peuvent être abordés et des réflexions pertinentes venir nous titiller comme c'est le cas pour le héros de Jasper Fforde.
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